Pour se relancer, la quête identitaire du PQ devra surtout être celle de l’économie

Si le Parti Québécois veut retrouver la place qu’il occupait jadis dans le paysage politique québécois, sa quête identitaire doit désormais passer par une refonte de sa conception de l’économie et un renouveau de son leadership en la matière.

Ci-bas, un texte inspiré en réponse aux propositions économiques d’Alexandre Cloutier, candidat à la direction de ce parti.

Monsieur Cloutier,

Je comprends que les deux idées fortes que vous énoncez ci-haut (protection et aide à l’émergence de nouveaux fleurons de notre économie) puissent être de nature à vous aider à accéder à la direction de votre parti. Cela convient certes aux nostalgiques du Parti à et à votre garde rapprochée.

Cela dit, trop nombreux sont ceux au Québec qui croient que cela est ni suffisant ou même valable pour relancer votre parti et changer le résultat obtenu lors des dernières élections.

1. En finir avec le mirage du nationalisme économique d’antan et les prétendus succès de l’époque

D’instinct, la plupart des gens comprennent aujourd’hui que ni les structures ministérielles existantes ni un comité ad hoc opérant à la discrétion d’une entité politique n’auront l’intelligence de décider des entreprises les plus méritantes pour l’avenir du Québec. Cela ne fait que décupler les structures, d’ajouter de la confusion et de relancer les sempiternelles guerres de territoire entre ces organismes.

Par ailleurs, nous sommes tous d’accord avec le fait que l’on devrait faire tout ce qui est légal pour aider les joueurs clés de notre économie à lutter le temps venu contre une offre d’achat hostile. Toutefois, à ce que je sache, aucune des entreprises auxquelles vous faites référence n’a subi un assaut de la sorte.

Que l’on se désole de ces coups d’argent à courte vue qui fragilisent notre tissu économique et que l’on veuille exercer une pression contraire, je veux bien. Mais, que cela se fasse en investissant de manière très risquée des fonds considérables pour protéger des entreprises dont le modèle d’affaires n’est plus assez robuste, il s’agit là d’un seuil à ne pas franchir.

L’exemple de Rona parle de lui-même et est certes de circonstances considérant le kilométrage politique qu’il vous offre ces temps-ci à vous et à l’opposition dans son ensemble.

Les derniers chiffres de Lowes sont pourtant clairs. Rona allait beaucoup plus mal qu’on le croyait et le taux de profitabilité par magasin était loin d’être au rendez-vous si on le compare à la concurrence. Cela n’augurait pas bien pour la suite tant pour les consommateurs que pour les fournisseurs actuels.

Morale de cette saga qui n’en finit plus pour les mauvaises raisons, et qui montre une fois de plus le pire de la politique québécoise, il serait davantage opportun de ne pas mettre tant d’effort et encore moins de l’argent à protéger des entreprises de la sorte et à continuer ainsi de répéter les erreurs coûteuses du passé.

Par erreurs coûteuses passées, je fais référence à cette période du nationalisme économique que vous évoquez justement avec nostalgie. Période durant laquelle nos stratèges industriels et grands technocrates de l’État ont investi des sommes colossales à soutenir des entreprises dont plusieurs se sont révélées au final des éléphants blancs et des canards boiteux.

Pourquoi? Souvenons-nous à quel point l’affranchissement de notre statut de producteur de matières premières était important à cette époque. Un dogme du nationalisme économique qui nous a alors amenés à opter sans aucune nuance pour une stratégie industrielle axée sur l’intégration locale à la production à plus grande valeur ajoutée. Une stratégie qui pour l’essentiel ne tenait pas compte que l’heure était en fait à la multinationalisation et à l’approvisionnement et la fabrication dans les pays à faible salaire. L’approche avec laquelle vous récupérez les travaux du groupe de travail sur la question n’est pas sans établir un flagrant parrallèle avec le passé.

Rappelons le résultat. Au tournant des années 80, le Québec se retrouva littéralement acculé à la faillite avec plus que son lot normal d’entreprises nationalisées et modernisées aux frais de l’État. Des entreprises incapables de rivaliser contre les multinationales, les grands conglomérats et la production émergente des pays asiatiques.

Par chance, il y eut le Québec Inc. pour prendre la relève in extremis de notre bienveillante technocratie d’État et pour masquer les impressionnantes radiation d’actifs durant cette période.

Je dis par chance, car même si l’on se pète encore les bretelles sur l’émergence de cette classe de dirigeants ayant relayé nos technocrates, il aura quand même fallu que les Québécois soient avant tout séduits par la croissance explosive du marché boursier puor investir de la sorte.

Ainsi, sans un marché aussi artificiellement porteur et cet apport inédit de financement public et gouvernemental arrangé de main de maitre par Monsieur Parizeau, il y a lieu de se demander où le Québec en serait aujourd’hui, n’eût été cette tempête parfaite. Un concours de circonstance heureux qui a permis à Bombardier, Québecor et bien d’autres de mettre la main sur des actifs un peu partout dans le monde au plus fort de cette grande vague de consolidation industrielle planétaire.

Ainsi, gardons en tête qu’autour de cette réussite, érigée depuis comme la quintessence de l’interventionisme que l’on apelle encore le modèle québécois, se cache en fait une conception surfaite du nationalisme économique et de l’interventionisme dont les relents sont à mon avis trop importants dans la conception économique contemporaine de votre parti. Surtout que de telles conditions n’existent plus. Au contraire, de telles actions vont aujourd’hui à l’encontre de ce qu’il faut faire.

Pourquoi? Parce qu’aujourd’hui il faut comprendre que les leviers de l’État et l’épargne collective des Québécois ne pèsent plus lourd dans la balance. Qu’on ouvre les vannes fiscales en vertu d’un REA 2.0, l’on sait qu’il n’y aura ni foule aux portes ni de réelles garanties de réussite industrielle. Qui plus est, ce serait s’obliger à couper dans les dépenses en éducation, en santé et en sécurité du revenu. Un calcul qu’aucun politicien ne peut se résoudre à faire.

Il faut aussi comprendre que dans la course à la consolidation des actifs qui a cours aujourd’hui, ce sont les nouveaux pays riches comme la Chine ou encore les puissants conglomérats qui mettent désormais la main sur les actifs comme ceux comme DeHavilland qui ont permis à Bombardier de se lancer et de dominer jusqu’à récemment certains segments de l’aviation civile mondiale.

Donc, nationalisme économique je veux bien, mais seulement si nous avons les bons modèles d’affaires et que nous arrêtons de projeter l’image de l’analphabétisme d’affaires de nos entrepreneurs que seule une structrure une équipe de dragons nommés par l’État pourrait faire la différence.

Ma suggestion: Couper de moitié le budget de moitié du ministère des finances ainsi que ceux du ministère de l’industrie et des autres organismes à vocation économique. Déplacer cet argent et les meilleures ressources dans des fonds d’investissements gérés selon les règles de l’art aux fins que vous préconisez ci-haut et sans interférence politique, du moins pas comme c’est le cas actuellement à Investissement Québec. Là on aura un point de départ vers ce qui sera de toute façon de faire des gouvernements de la planète dans les années à venir.

Par ailleurs, gardons-nous de penser pouvoir protéger des entreprises comme Rona, et ce même si ce sont pour de bonnes raisons. Cela ne fait que retarder l’inévitable. Déjà que la structure industrielle du Québec est déjà dangereusement dépendante d’entreprises protégées ( télécommunications, finances, médias, santé, transport, éducation, construction, etc.), ne rajoutons pas davantage à ce défi déjà colossale pour notre avenir.

En effet, il s’agit là de vastes secteurs qui sous-tendent déjà dangereusement nos grands agrégats économiques (investissements, dépenses, classe moyenne, valeurs mobilières et immobilières, épargne, régions, etc.) et qui tôt ou tard devront subir l’assaut de la  concurrence étrangère en vertu des accords de libre-échange à venir.

Question de résumer, rappelons cet adage du monde de la finance: évitons que le bon argent ne coure après le mauvais argent. On pourrait aussi parler de la loi de Greesham qui tend à montrer que dans un système, le mauvais argent a plus souvent tendance qu’autrement à prendre le pas sur le bon argent.

 2. Un renouveau nécessaire du leadership économique

Si nous voulons que le Québec avance, il faut accorder une très grande attention à notre leadership en la matière. Et cela vaut particulièrement dans le cas du PQ.

Au lieu de ressasser et d’adapter les solutions d’autrefois  qui font désormais légion dans le cimetière du développement industriel au Québec, on devrait se questionner sur ce qui est à mon avis la constante derrière de tels échecs: une conception révolue mais surtout un statu surfait qu’ont encore nos politiciens, particulièrement au PQ, héritée de l’époque de la folie dépensière des années 60-70, alors que ceux-ci se considéraient comme visionnaires, banquiers, et sauveurs de l’économie.

Ce temps est révolu. D’ailleurs, il faut être clair à la fois sur l’héritage ainsi que sur le baggage réel de nos élus contemporains. Après tout, bien peu des politiciens actuels ont vécu l’expérience d’avoir les millions sinon les milliards à leur disposition pour bâtir et donner naissance à leur vision étatique ou d’affaires.

Tout au plus, devons-nous nous en remettre aujourd’hui à des docteurs en économie peu expérimentés tant de la chose publique et du monde des affaires. Des gens qui par ailleurs sont pris au dépourvu, voire dégouté et débousollé par le choc de la politique partisane et la mesquinerie prenant le pas sur  la logique bien pensante.

On hérite aussi de vedettes d’organismes économiques financés par l’État. Mais, on a tendance surtout à faire le plein de hauts placés du secteur financier où les allégeances et l’idéologie bétonnées ainsi que la réputation et les commandes reposent en grande partie, osons-le dire, sur une protection de marché et une rente de situation que l’on ne veut pas voir fondre.

Désolé d’ajouter aussi que je ne crois pas qu’il soit exagéré de prétendre que de nos jours notre classe politique, surtout au sein du PQ, que le noyau économique n’inspire pas la confiance par sa vision et sa capacité à innover et piloter des changements pour repositionner le Québec. Mettre en place un equipe de dragons pour trier sur le volet des entreprises n’est pas en soi un geste digne de mention.

Pourtant, il y a des modèles et des comportements dont on devrait présentement s’inspirer. Parmi ceux-ci, il y a ce qui se passe présentement à la Caisse de dépôt. Voilà une structure bien formée, professionnelle et intègre. Une structure opérant selon les règles de l’art avec les outils, les critères et les mécanismes décisionnels requis pour faire avancer des projets. Et jusqu’à présent, il y a fort peu à dire quand à sa capacité à soupeser à la fois le rendement économique et social sans pour autant s’enfarger dans les interminables querelles politiques et les comportements englués des structures administratives existantes.

D’ailleurs, ce n’est pas rien que le projet de train de la Caisse, pour nommer que celui-ci, soit en littéralement en train de bouleverser les moeurs politiques et de faire éclater les vieilles structures gangrénées du transport public au Québec.

Quelle belle différence que la gestion professionnelle et intègre de ce projet par opposition au sempiternel piaillement des maires et des jeux de coulisses sans retenu d’élus municipaux et provinciaux défendant leurs territoires bec et ongles! Et que dire du fait que l’on ne s’ennuiera pas des plans quinquennaux de l’AMT!

N’est-il pas tout autant révélateur que la Caisse éclipse dorénavant tout ce qui se passe au Ministère de l’Industrie et du Commerce ainsi que dans les autres structures à vocation économique où, disons-le, l’on peine à voir les réalisations et des résultats concrets depuis des lunes? Qu’on le dise, dans le contexte économique et technique d’aujourd’hui à la fois le programme des gazelles, le Plan Nord, la stratégie maritime et Anticosti tiennent rarement la route et sont la plupart du temps des projets étudiés et décidés à des fins essentiellement électorales.

Mon conseil pour vous, pour le renouveau de votre parti et dans l’intérêt de tous. Faites comme Macron en France. Rompez avec les carcans passéistes. Osez faire et dire les choses différemment.

Au lieu de prétendre vouloir réinjecter un milliard dans l’éducation et assumer ainsi cimenter votre soutien politique parmi ceux qui vivent du budget de l’État et des façons de faire actuelles, comprenez ce que sera l’éducation de demain et positionnez-nous pour qu’on n’y perde pas des milliards au nom des besoins existants alors que ceux qu’on paient en ce moment tardent à comprendre les énormes impacts qu’auront les bouleversements futurs si nous refusons de changer et de prendre la place qui nous revient dans ce secteur en train lui aussi de se mondialiser et de larguer les structures actuelles.

Montrez qu’il n’y a pas plus grand nationaliste que celui qui sait s’entourer des meilleurs et de prendre ce qu’il y a de mieux pour faire avancer les choses sans avoir peur de froisser les uns et les autres. On ne devient pas bon premier ministre en prenant les décisions les plus difficiles seulement une fois élu. On le devient en prenant les bonnes décisions avant et en parvenant à convaincre les gens bien avant. Trancher aussi en montrant qu’il n’est pas besoin d’aller chaque dimanche à la messe de l’indépendance ou encore de croire qu’un pays se construit avec ou après un référendum.

Parlant de savoir s’entourer et de vous faire une tête, assoyiez vous avec Michael Sabia, que votre ancien chef M. Parizeau a d’ailleurs lui-même cautionné, et tirez ensuite vos propres leçons. Après tout, si la Maison-Blanche l’a convoqué l’an dernier pour expliquer ce que faisait la Caisse, peut-être devriez-vous faire pareil. Remarquez que ce dernier conseil ne s’applique pas qu’à vous et votre parti ces temps-ci.