Consultation d’automne sur les priorités en éducation: Les balises sont-elles les bonnes?

À quoi s’attendre de la consultation d’automne du Ministre Proulx en vue d’établir les grandes priorités du gouvernement en matière d’éducation? De toute évidence, ce ne sera pas une grosse surprise puisque l’on a déjà une bonne idée d’où l’on part, par quoi on va passer et ce que sera vraisemblablement le résultat.

Nous sommes à moins de deux ans des élections. Après les amères compressions et le flop monumental de la gouvernance scolaire, rien de plus normal que voir un nouveau ministre laisser de côté les contentieux et l’approche belliqueuse. L’heure est au dialogue et à une grande ouverture aux propositions de tout un chacun. Le départ qui aurait dû être il y a deux ans. Analyser d’abord, bâtir les avis, décider des avenues et agir ensuite.

Facile aussi de prédire le déroulement. Après tout, ce genre de consultation est rarement autre chose qu’un défilé de parties prenantes, pour ne pas dire de gens au parti pris dont les positions sont irréductibles. Tout au plus, il est permis d’espérer que de nouvelles voix plus avisées et prometteuses ressortent du lot.

Réalistement, on aura droit à une opération à travers laquelle le ministre voudra voguer collégialement vers la terre promise. Pas question de brusquer les choses avant les prochaines élections à moins de gains assurés. Political dangling is the way!

Côté processus, le gouvernement s’est déjà assuré. Il a mis en place des balises qui ne sont pas sans orienter et restreindre la portée de la présente consultation. Faire de la réussite éducative des élèves l’axe principal de cette opération paraît légitime en soi, mais c’est à la fois sirupeux et suffisamment ciblé pour éviter les débordements. Rien de bien stratégique comme démarche, mais peu importe.

Cette dernière remarque vaut aussi pour les axes de discussion que le ministre a déjà coulés dans le ciment : la maternelle dès 4 ans, l’école obligatoire jusqu’à 18 ans, la création d’un ordre professionnel des enseignants et la mise sur pied d’un Institut d’excellence en éducation. Voilà des correctifs qui ont potentiellement de quoi satisfaire certains.

Pour ce qui est du résultat appréhendé, il est probable que la maternelle à 4 ans et l’école obligatoire vont vite être ramenées à des études qu’on aime appeler probantes ces temps-ci. Cela deviendra une décision de coûts. L’intérêt de la population étant minimal,  décision favorable, annonce en campagne électorale.

La création d’un ordre professionnel met certainement le doigt sur une lacune du système, celle de pouvoir stipuler des obligations professionnelles,  dont l’amélioration continue, et de sanctionner des fautes et manquements. Reste à savoir si le gouvernement voudra courroucer les syndicats sur cette question. Hard Pass avant les élections, surtout si te ton monte!

Enfin, le gouvernement voudra sans doute y penser deux fois avant de se lancer dans la création d’un institut de l’excellence en éducation. Certes, il y a un mérite à avoir un chien de garde pour prévenir les lubies des politiciens, les réformes à sens unique du ministère, le renforcement des  facultés d’éducation, etc. Reste que ce n’est pas dans l’ADN du présent gouvernement de justifier une autre structure et de ne pas poser la question  à savoir si cette structure ne va pas elle aussi se dénaturer avec le temps. Est-ce une raison de s’y opposer ? Peut-être pas, mais une chose est certaine. Le gouvernement a déjà eu l’occasion de dire oui et il ne l’a jamais fait. Gros doute.

Bref, je ne vais pas aller jusqu’à prétendre que toute cette consultation est déjà vouée à prendre la direction d’une crypte déjà très encombrée. Reste qu’il faut quand même réaliser qu’il est difficile de trouver dans ce processus, les balises et les solutions actuellement annoncées, des priorités réellement porteuses pour l’avenir.

Difficile, dans la mesure où tous les autres secteurs de notre économie sont en train de subir de grandes transformations (mondialisation, ubérisation, désintermédiation et disruption technologique) et dans ce cas-ci l’on semble se suffir de ramener une grosse part du problème à un simple nombre d’années supplémentaires sur les bancs d’école.

Difficile aussi de faire abstraction des changements organisationnels en cours un peu partout pour voir que les seules choses qui soient considérées ici, puissent être la mise en place d’un institut gouvernemental et d’un ordre professionnel. Sommes-nous réellement si sûrs que ces créatures organisationnelles des années 60 soient la solution?

Personnellement, je ne peux m’empêcher de penser que les balises ne sont pas les bonnes et qu’il y a mieux, plus important, et plus urgent à faire comme changements.