Une relecture nécessaire de l’histoire économique du Québec

 

Introduction

Ce texte jette un regard critique sur l’évolution de notre économie depuis la Révolution tranquille. Il met en évidence un certain nombre de façons de voir et d’agir que nous avons acquis au fil du temps et qu’il nous semble nécessaire de remettre en question à ce stade-ci. Cette relecture de notre histoire économique récente nous parait nécessaire compte-tenu que le Québec arrive à une croisée des chemins en vertu de laquelle nous devons nous assurer que les façons de voir et d’agir que nous avons hérité ne conditionnent pas outre mesure les choix que nous devrons faire dans un contexte nettement différent de ce qu’il était jusqu’à tout récemment.

J’ai divisé ce texte en quatre périodes qui reflètent le mieux à mon avis l’évolution de notre économie au cours des soixante dernières années. Nous passons ici chacune de ces périodes en revue avec l’objectif de dégager un certain nombre d’idées reçues et de conditionnements qui nous imprègnent encore à ce jour.

1. Le déclin de Montréal comme métropole canadienne (1950-1970)

La première période de ce continuum, et non la moindre, est celle qui voit le déclin de Montréal comme métropole et plaque tournante commerciale et financière du Canada. Ce déclin s’opère en grande partie entre les années 1950 à 1970 et s’explique principalement par les raisons suivantes :

  • La diminution du poids économique de Montréal dans le commerce intercontinental et le transbordement portuaire et ferroviaire;
  • La commoditisation de notre grande industrie (textile, bois d’œuvre, pâtes et papier, acier, aluminium, raffinage et pétrochimie de base);
  • Une croissance nord-américaine de l’après-guerre qui table désormais sur les industries à haute valeur ajoutée qui nous échappent (automobile, aviation, équipements industriels, machinerie lourde, pétrochimie de pointe, etc.);
  • L’absence d’une masse critique d’entreprises manufacturières québécoises capables de rivaliser dans les industries de pointe. Un handicap qu’on explique généralement par la mainmise historique du capital anglo-américain sur notre économie et son intérêt premier à exporter nos ressources vers les grands centres industriels américains plutôt que de les transformer sur place;
  • La forte croissance industrielle de l’Ontario qui profite de l’extension de la voie maritime, d’une communauté d’affaires autonome et expansionniste, du plein soutien du gouvernement canadien et surtout de l’effet de proximité à la grande industrie du Midwest américain;
  • La montée du nationalisme québécois et les velléités socialisantes de notre gouvernement qui accélèrent l’exode des capitaux et des entreprises vers l’Ontario où règne un climat d’affaires favorable à l’investissement privé et à la croissance industrielle. Une situation qui fera dorénavant de Toronto la nouvelle métropole économique du Canada;
  • Un exode du capital humain qui s’avère d’autant plus pénalisant pour le Québec que notre complexe du savoir perpétue jusqu’à ce moment le contrôle économique de la minorité anglophone. Un controle qui a permis à cette dernière d’occuper systématiquement les postes de hauts dirigeants, gestionnaires, banquiers, hauts fonctionnaires, chercheurs, ingénieurs, chirurgiens, pilotes, juges et contremaîtres.

À plus d’un égard, il s’agit d’une période extrêmement révélatrice du point de vue de la division et des failles profondes qui caractérisent et animent la société et l’économie québécoises.

2. Le nationalisme technocratique (1960-1980)

La seconde période – possiblement la plus influente – se veut celle de la prise en charge du Québec par sa majorité. En concomitance avec la première, cette période charnière prend son envol avec la Révolution tranquille des années 60.

Au plan politique, cette période se caractérise par un discours d’époque fortement teintée par l’émancipation économique des francophones, l’interventionnisme étatique et l’indépendance nationale comme moyen ultime de l’affirmation du peuple québécois. Elle marque un passage à vide du pouvoir politique du monde des affaires dont les répercussions seront importantes et largement ignorées. Mais surtout, elle se distingue par une mouvance politique historique qui voit la majorité francophone confier les rênes du pouvoir à un groupe éclectique de politiciens, journalistes, sociologues, politologues, juristes, linguistes, économistes et philosophes dont la vision commune d’un Québec moderne procède d’une conception nationaliste et fortement interventionniste. Une conception qui autorise des dépenses publiques colossales afin de doter le Québec des leviers nécessaires pour son retard économique et social.

Au plan économique, deux éléments attirent particulièrement l’attention. Premièrement, les nationalisations dans les secteurs des jeux et loteries, des spiritueux et surtout de l’électricité. Dans ce dernier cas, le gouvernement acquiert l’un des plus riches bassins hydro-électriques de la planète. Il se dote ainsi d’un levier stratégique continental lui permettant d’emprunter massivement et de réguler notre développement économique. Le gouvernement s’appuie notamment sur Hydro-Québec pour implanter trois grandes mesures économiques : la construction des grands barrages de la baie James; une politique nationale de substitution des achats et des importations; et une politique de tarification de l’électricité favorisant la présence des grandes entreprises énergivores porteuses pour notre économie.

Toujours au plan économique, le gouvernement met en place un vaste programme subventionnaire administré conjointement par le Ministère de l’Industrie, la Caisse de dépôt et placement (CDPQ), la Société Générale de financement (SGF) et bon nombre de sociétés d’État nouvellement créées. Ce programme subventionnaire, possiblement sans égal dans les pays occidentaux, a pour principal objectif de faire passer le Québec d’une économie d’exportation de commodités à une économie axée sur la transformation de produits à valeur ajoutée. À titre d’exemple, la Sidbec, nouvellement nationalisée, se voit confier la mission de réaliser le grand rêve de la sidérurgie québécoise en intégrant les gisements de fer de la Côte-Nord aux usines de métallurgie dans les régions plus au sud, y compris les chantiers maritimes. Des initiatives similaires sont déployées dans les secteurs du transport, des mines, de la pétrochimie, des forêts et des pâtes et papiers.

Des sommes considérables sont aussi consacrées à sauver des communautés aux prises avec des mines et des usines délaissées par leurs propriétaires originaux. Un grand nombre de ces actifs seront réchappés et modernisés. De nouvelles implantations voient le jour, dont plusieurs méga-usines. Dans bien des cas, la taille, le choix et l’emplacement des projets sont dictés par l’aide gouvernementale plutôt que par de strictes considérations de marché et de rentabilité. Soulignons que cette période constitue l’âge d’or pour nos mandarins, nos technocrates-vedettes et nos politiciens qui arpentent le Québec en distribuant des milliards en subventions pour la création d’emplois, la mise en place d’infrastructures et l’implantation de services gouvernementaux de toutes sortes.

Au plan social, cette période se caractérise par la mise en place d’un filet de sécurité parmi les plus généreux dans le monde. D’un coup, l’ensemble des Québécois se voit offrir une protection universelle dans les domaines de la santé, de l’éducation, des services sociaux et de la sécurité des revenus. Dès lors, plus des deux tiers des dépenses récurrentes de l’État serviront à payer cette couverture mur à mur qui fait désormais du Québec l’un des États les plus protecteurs de sa population, mais aussi l’un des plus taxés et les plus endettés.

Conséquence des mesures précédentes, la fonction publique devient de loin le plus important employeur au Québec. Les conséquences de cette hyper-fonctionnarisation de l’économie québécoise sont multiples. Elle change le rapport de force politique dans notre société et modifie radicalement les façons de penser et d’agir des Québécois. Le Québec devient de facto l’une des sociétés occidentales les plus bureaucratisées, réglementées, syndiquées et revendicatrices.

Au chapitre de notre complexe du savoir, ce qui retient l’attention durant cette période c’est évidemment le développement tous azimuts. Du coup, on dote le Québec d’un vaste réseau d’établissements d’enseignement, et ce, à tous les niveaux de scolarité. On assiste ainsi à la création ou à la consolidation du réseau des Universités du Québec, des Cégeps, des écoles de formation professionnelle, des polyvalentes, des écoles primaires et des maternelles. On crée de nouvelles écoles spécialisées (ENAP, ÉTS, Télé-Université). On met en place et l’on finance une multitude d’instituts et centres de recherches (ex. CRIQ, Armand Frappier, INRS, IREQ, IRCM).

Le développement accéléré de notre complexe du savoir a certes ses mérites. Il apparait comme une condition essentielle au rattrapage et à la prise en charge de notre économie. Mais, il a aussi ses limites. Il conduit à l’embauche soudaine et massive de professeurs, chercheurs, personnel de soutien et gestionnaires, pour la plupart inexpérimentés. Ces derniers seront formés sur le tas et ils constitueront le cœur de ces institutions durant les quatre prochaines décennies.

Le climat d’improvisation dans lequel ce développement s’effectue à un autre effet non négligeable. Il contribue plus que partout ailleurs au Canada à une désarticulation de la filière éducation-travail. Une désarticulation qui s’explique par: la sacro-sainte liberté académique; le profond fossé idéologique qui sépare notre élite intellectuelle et le monde des affaires; un ministère inexpérimenté, dirigiste et centralisateur; des facultés d’éducation qui deviennent rapidement prisonnières d’idéologies de l’apprentissage déconnectées du monde réel.

Conséquemment, on se retrouve avec plusieurs programmes d’enseignement conçus dans des tours d’ivoire et donnés par des professeurs trop souvent formés à l’école de la critique sociale et de l’émancipation intellectuelle abstraite. Nous assistons à une propagation de cours ayant peu à voir avec le vécu des gens, la compétitivité de nos entreprises et la performance de nos organisations publiques. Ce cercle vicieux sera à son tour alimenté par des organismes subventionnaires et des programmes de recherche tombés dans le même piège.

Malgré un accès gratuit et universel au savoir, il n’est pas surprenant de constater que déjà à cette époque il est question de décrochage scolaire et de programmes qui conduisent bon nombre de jeunes sur des voies d’évitement. Il est également déjà question des effets pernicieux et dysfonctionnels de ces systèmes sur la performance à long terme de notre société et de nos organisations.

3. Le virage économique (1980-2000)

La troisième période est celle du virage économique. Elle survient au début des années 80, au moment où le Québec, comme le reste de la planète, vit une crise économique sans précédent. Une crise que plusieurs continuent à tort de considérer simplement comme la résultante des hausses vertigineuses du prix du pétrole.

En rétrospective, on sait aujourd’hui que cette crise avait plus à voir avec une surcroissance de l’économie publique mondiale. Que celle-ci découlait de politiques sociales et industrielles laxistes ayant conduit à une prolifération de projets d’infrastructures et de programmes gouvernementaux désormais non viables dans un contexte d’une redistribution de la richesse mondiale de plus en plus favorable aux multinationales et aux grands pays producteurs de ressources, notamment ceux de l’OPEP.

Ce retour du pendule vers des préceptes économiques et sociaux plus rigoureux trouve aussi son explication dans une concurrence accrue au plan mondial. Une concurrence qui rend obsolètes les modèles d’affaires traditionnels d’un grand nombre d’entreprises, à commencer par celles dont l’existence repose essentiellement sur la protection et le soutien financier de gouvernements qui n’ont plus les moyens de leurs politiques.

Il n’est donc pas étonnant que les années suivantes donnent lieu à ce qui est encore considéré aujourd’hui comme la plus grande période de consolidation de l’histoire économique. Une consolidation qui touche à la fois les pays occidentaux, les pays en développement et même les pays socialistes.

Cette consolidation prend la forme d’une véritable purge qui se traduit par une dérèglementation sans précédent des marchés ainsi qu’un nombre incalculable de privatisations, de fusions-acquisitions, de désinvestissements et de programmes de rationalisation de toutes sortes. Aussi, il n’est guère étonnant que les primes de rendement aux gestionnaires, les programmes de partage des profits avec les employés, les méthodes d’accroissement de la productivité ainsi que la réingénierie des processus d’affaires occupent à cette époque une place prédominante à l’agenda de l’ensemble des décideurs de la planète.

À ces nouveaux mécanismes de création de valeur, s’ajoute celui de la délocalisation des investissements manufacturiers vers les pays émergents. Une stratégie qui consiste à profiter d’une main-d’œuvre à rabais et d’un contexte réglementaire minimal. Seule ombre au tableau pour les entreprises occidentales en mal d’implanter cette nouvelle stratégie de croissance; les approches autarciques des pays asiatiques qui réussiront à garder le contrôle de leurs fourmilières industrielles.

3. 1. Le virage économique au Québec

Le développement tous azimuts de notre économie publique au cours des décennies précédentes aura coûté excessivement cher et ne pouvait survenir à un pire moment. La crise d’abord et les mouvements de consolidation et de délocalisation des investissements ensuite vont durement pénaliser le Québec. Non seulement l’absence de croissance nous fait entrer dans le club peu enviable des États surendettés, mais cette intronisation marquée au fer rouge survient au moment où les taux d’intérêt atteignent des niveaux stratosphériques. Notre situation est d’autant plus précaire que le gouvernement n’a pas de marge de manœuvre au plan fiscal alors que notre population et nos entreprises comptent déjà parmi les plus taxées du monde occidental.

Comme si cela ne suffisait pas, cette période consacre l’échec de plusieurs de nos grandes initiatives technocratiques. Plusieurs mégaprojets doivent être abandonnés. Un nombre effarant d’usines pourtant rescapées à grands frais s’avèrent incapables de rivaliser dans cette nouvelle économie. La liste des secteurs affectés est longue : sidérurgie, pâtes et papier, textile, pneus, bois d’œuvre, raffineries, usines pétrochimiques, mines, chantiers maritimes, etc. Sans vouloir passer sous silence quelques belles réalisations qui jettent des ponts pour plus tard, il reste que le Québec dans son ensemble se voit forcé d’essuyer une perte économique dont l’impact et la responsabilité directe surpassent de loin à mes yeux la radiation d’actifs de la CDPQ en 2008.

C’est ainsi que le Québec se retrouve au début des années 80 avec un patrimoine financier largement grevé et un endettement public extrêmement débilitant pour l’avenir. De plus, son paysage économique est jonché d’éléphants blancs, de canards boiteux et de desseins industriels inachevés dont plusieurs sont invendables. Comme si nous n’étions pas déjà en reste, le Québec subit une recrudescence de déménagements de filiales de multinationales et de sièges sociaux canadiens qui nous privent au passage de capitaux et d’expertises névralgiques. Parmi les entreprises qui restent, plusieurs subissent un délestage important au niveau de leurs mandats, de leurs capacités de production, de leurs fonctions-clés et de leur prise de décision effective.

Du côté du secteur public, les éléphants blancs et les canards boiteux sont encore plus légion. Le Québec se retrouve avec des sociétés d’État, des organismes et des ministères gorgés de personnel dont les mandats et la performance ne justifient plus leur taille, voire même leur existence. Il est clair que ces entités nous endettent et nuisent à la relance économique. Qu’à cela ne tienne, nos politiciens, encore échaudés par les grandes batailles sociales des années 70 et pas encore sevrés de leurs complexes de messies et de grands banquiers, se montrent peu enclins à monter au front contre un électorat résolu à défendre le Grand Confort hérité des largesses politiques des années 60 et 70.

La pression des marchés oblige, on assiste éventuellement à la naissance d’un nouveau consensus parmi une partie influente de l’intelligentsia québécois. Un consensus selon lequel il est devenu désormais impossible pour le Québec de progresser sans rééquilibrer le pouvoir économique et politique. En d’autres mots, il nous faut encadrer le pouvoir de nos mandarins et de nos technocrates. Il faut mieux contrôler les grandes ogresses syndicales. Il faut conscientiser un électorat qui usurpe le processus démocratique pour continuer de vivre à crédit sans égard à son futur et à celui des autres générations. Mais surtout, à l’instar des stratégies de retournement qui payent déjà des dividendes ailleurs dans le monde, il nous faut donner davantage de pouvoir aux plus entreprenants de la société.

Ce dernier constat comporte plusieurs justifications. Il faut dire d’abord que les coffres publics sont vides et que nos entrepreneurs sont les mieux placés pour amasser le capital privé désormais nécessaire à la relance de l’économie. Leur gouvernance dans des marchés compétitifs les rend aussi plus aptes à bâtir des entreprises d’avenir qui puissent générer des emplois de qualité à long terme. Ils sont aussi plus à même de consolider notre économie et empêcher des prises de contrôle canadiennes et étrangères sur nos secteurs vitaux. Ils sont aussi les mieux habilités à partir à l’assaut des marchés extérieurs où se trouve désormais la plus-value nécessaire à notre croissance économique à long terme.

3.1.1. Le virage entrepreneurial

Ce consensus donnera lieu au premier volet du virage économique québécois, soit le virage entrepreneurial. Un volet qui voit le passage d’un État interventionniste à celui d’un État facilitateur dont le modus operandi consiste désormais à favoriser une plus grande prise en charge de notre économie par un secteur privé majoritairement francophone. Ce premier volet prend appui sur la création de nouveaux leviers financiers, notamment le fameux régime d’épargne-actions (REA). Ce programme, et ceux qui suivront dans son sillage permettront au fil des années de dégager des milliards en épargne et en impôts non versés afin de faciliter l’émergence de ce qu’il est convenu d’appeler le Québec inc.

En parallèle, le gouvernement modifie la vocation des ministères, des sociétés d’État et des organismes à caractère économique. Une emphase particulière est mise sur le renforcement de grappes industrielles constituées autour de joueurs porteurs pour l’avenir du Québec (matériel de transport, électricité, aérospatiale, microélectronique, télécommunications, pharmaceutique, multimédia et métaux avancés énergivores). Relents du technocratisme des années 70, ce nouveau programme subventionnaire hybride constitue toutes proportions gardées un des plus grands programmes de corporate welfare en Occident.

Qu’elles soient directement reliées ou non à ces mesures d’aide à l’entrepreneuriat québécois, de belles réussites sont observées. Bombardier met à profit son esprit innovateur et sa compétence industrielle pour obtenir le financement et le soutien de nos gouvernements afin de redonner vie à plusieurs actifs canadiens et étrangers qui lui permettront de devenir un champion mondial dans les domaines du transport ferroviaire de passagers et de l’aviation civile. Principalement en raison de son intelligence financière, Power Corp. se lance dans une série d’acquisitions lui permettant de s’imposer comme une société financière d’envergure internationale. Quebecor et Transcontinental profitent d’un financement privilégié pour tirer avantage d’un secteur nord-américain de l’impression qui se cherche. Vidéotron obtient la confiance de la CDPQ pour émerger comme le grand consolidateur de l’industrie québécoise de la câblodistribution.

D’autres cas méritent d’être soulignés, notamment ceux de Provigo, Métro, Rona et Jean Coutu qui contribuent à consolider le secteur du commerce de détail au Québec tout en repoussant le contrôle étranger. Air Transat se positionne avantageusement dans l’aviation touristique internationale. Canam Manac perce habilement le marché nord-américain des produits d’acier. SNC et Lavalin dans l’ingénierie, CGI et DMR dans les services informatiques, profitent de cette infusion de capitaux pour accélérer leur croissance et diversifier leurs assises sectorielles et géographiques au point de devenir des joueurs d’envergure internationale.

L’essor du Québec inc. durant cette période aura des effets stabilisants sur notre économie et nos créanciers. Non moins important, dans ce retour du balancier, est le discours économique qu’il induit parmi une strate plus large de la population. Celle-ci devient plus consciente de l’importance de constituer des entreprises et des organisations performantes pour faire face aux défis de l’avenir. Cela dit, ne nous donnons pas crédit trop vite. Il est clair que la réussite de ce premier volet n’est pas en soi une révolution économique purement québécoise. Celle-ci a beaucoup plus à voir avec la forte reprise de la croissance mondiale et l’appât du gain facile sur les marchés boursiers.

3.1.2. Le virage économique de l’État

Même si nos gouvernements de l’époque réaffirment à tour de rôle l’importance de réduire la taille de l’État et de moduler les dépenses publiques en fonction de la capacité de payer de notre économie réelle, les résultats de ce second volet s’avèrent peu probants. Les réductions d’effectifs et les réingénieries se révèlent moins agressives et plus boiteuses qu’elles auraient dû l’être. Ce rétropédalage s’explique en partie par la résistance à peine couvée des hauts fonctionnaires et l’opposition systématique des centrales syndicales. Mais ce ne sont pas les seuls responsables. Ce qui est désormais en cause c’est l’ensemble de notre système politique. Comme on dit si bien dans le milieu à l’époque, les plus lucides de nos politiciens savent ce qu’il faut faire sauf qu’ils ne savent pas comment se faire réélire s’ils le font.

Ce dilemme est aggravé par la fragmentation politique inédite que connaît le Québec à ce moment. D’une part, une division s’opère entre libéraux et adéquistes; les deux partis, les plus à même de changer la donne au plan économique. D’autre part, de fortes dissensions éclatent au sein du Parti Québécois alors qu’une coalition éclectique composée d’éléments de gauche et de nationalistes invétérés prend le contrôle des instances du parti et affaiblit la direction économique du PQ. Cette scission conduit aux départs prématurés de politiciens d’envergure auxquels le parti survivra difficilement.

En plus de faire le jeu de ceux qui s’opposent à l’effort d’assainissement de l’État durant cette période, cette fragmentation politique nous place désormais devant des cohortes de nouveaux politiciens qui auront tendance à faire le jeu de la majorité politique désormais composée des grands choyés des réformes des années 60.

À la décharge de nos politiciens, il faut dire que les années 90 sont en soi peu propices à la lucidité et à l’obtention d’un consensus sur la nécessité d’implanter de grandes mesures de rééquilibrage de notre économie. Après tout, nous vivons ce qui s’avère être une des plus grandes illusions de croissance de l’histoire. Une illusion qui crée un climat de confiance aveugle agissant telle une couche de bitume frais masquant des failles pourtant bien réelles.

4. Le choc de la mondialisation (2001-2013)

Si la période précédente s’avère une occasion perdue pour redresser notre économie, le tournant du millénaire marque l’arrivée d’une nouvelle crise dont l’ampleur provoque une rupture profonde quant aux moyens dorénavant disponibles pour assurer notre croissance future.

Comme c’est souvent le cas lors d’une transition brutale, nous avons tendance à considérer l’élément déclencheur comme étant la cause. Dans ce cas-ci, il s’agit des attentats terroristes du 11 septembre 2001.

On connaît l’explication :

  • Des inégalités croissantes dans le monde qui crée un contexte favorable à la radicalisation et à la propagation du terrorisme;
  • Le retour à l’avant-plan des vieux démons de l’économie mondiale que sont l’instabilité au Moyen-Orient et son impact sur le prix de l’énergie;
  • Un laxisme réglementaire ayant permis aux marchés financiers de s’élever en châteaux de cartes les rendant ainsi vulnérables à la moindre volatilité;
  • Une correction des titres boursiers induite par des multiples illusoires dans un contexte d’instabilité et de ralentissement économique;
  • L’éclatement de la bulle spéculative dans le marché immobilier dont la forte croissance reposait sur des leviers d’emprunt trop prononcés et un avoir des ménages composé de placements et de fonds de pension fortement surévalués;
  • Un recul brutal de la consommation qui engendre une récession brutale acculant à la faillite plusieurs secteurs financièrement exposés, dont ceux de l’aviation civile et de l’industrie automobile nord-américaine;
  • Un nombre record de faillites, de reprises de finances, de radiations d’actifs financiers abaissés au rang de pacotilles;
  • La faillite imminente de plusieurs grandes banques, firmes d’investissements et grandes sociétés hypothécaires;
  • Une débâcle financière obligeant les banques centrales et les gouvernements à intervenir massivement pour freiner la contagion et protéger leur économie.

Sans nier l’importance des facteurs précédents, il nous parait toutefois plus révélateur de parler de cette période comme celle du premier grand choc de la mondialisation sur l’occident. Un choc qui trouve son explication dans le fait que les économies occidentales — les États-Unis en tête — étaient déjà confrontées à une hécatombe économique bien avant que surviennent les attentats terroristes et les conflits armés au Moyen-Orient.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que jusqu’à ce moment l’occident était demeuré essentiellement prisonnier de son ethnocentrisme. Nous étions envoutés à l’idée que les secteurs de pointe (haute technologie, pharmaceutique, biotechnologie, finances, etc.) allaient à coup sûr permettre à nos économies de continuer à trôner au sommet de l’économie mondiale. Du coup, il apparaissait que nous n’avions pas à nous soucier ni du rythme effréné des dépenses ni de l’endettement de nos gouvernements et de nos populations. Or, on sait depuis que ces secteurs d’avenir étaient loin d’être aussi porteurs que les discours encensés de leurs dirigeants et du système financier les supportant nous portaient à croire.

Il fallait aussi comprendre que les diverses stratégies de délocalisation de la production dans les pays émergents — par exemple celle du design en Californie et de l’assemblage en Chine — comportaient un énorme risque et un lourd prix à payer. À l’instar du miracle japonais survenu quelques décennies plus tôt, nous aurions dû comprendre qu’à force de sacrifice, de détermination, de discipline, d’innovation et d’ingéniosité, d’autres pays émergents allaient suivre l’exemple du Japon et doper notre consommation avec des produits importés à prix dérisoires. Que du même coup, on leur donnait les moyens d’acquérir de vastes capacités de production à la fine pointe contre lesquelles il deviendrait éventuellement impossible de rivaliser, faute d’une relève et de rentrées d’argent suffisantes!

Cela dit, s’il est vrai que cette délocalisation était un passage obligé de la mondialisation, la pire erreur fut de sous-estimer la facilité et la rapidité déconcertantes avec laquelle les nouveaux pays industrialisés allaient réussir à prendre d’assaut les filières de production à haute valeur ajoutée qu’on croyait jusque-là strictement réservées à nos entreprises phares. Les succès de Hyundai dans le segment des berlines de luxe et celui de Samsung dans les téléphones intelligents viennent immédiatement à l’esprit. Malheureusement pour nous, la liste d’entreprises originaires des pays nouvellement industrialisés capables de prouesses similaires est beaucoup plus longue que nos œillères ethnocentristes semblent vouloir accommoder. Et les impacts à venir restent encore largement sous-estimés en occident.

Il n’est donc pas surprenant que dans les dernières années, ce ne sont plus les malversations financières ou les menaces terroristes qui font les véritables manchettes. Ce sont à juste titre les nouvelles concernant des économies occidentales mal en point qui souffrent d’une pénurie d’investissements et qui n’arrivent plus à couvrir leurs dépenses publiques.

4.1 Le Québec dans tout ça?

Si le choc de la mondialisation se fait lourdement sentir aux États-Unis dès le début des années 2000, le Québec profite initialement de facteurs atténuants, tels :

  • Un système bancaire conservateur et des bourses canadiennes stabilisées par la force des entreprises de ressources;
  • Une économie pancanadienne stimulée par des prix élevés des matières premières qui facilitent l’exploitation massive des vastes réserves de sables bitumineux dans l’Ouest, la mise en production du pétrole marin de Terre-Neuve ainsi que la relance des investissements dans les projets miniers du Grand Nord canadien et québécois;
  • Une appréciation sans précédent du dollar canadien et des taux d’intérêt à leur bas historique qui stimulent la consommation, l’accès à la propriété et la construction;
  • Des programmes et des transferts fédéraux plus généreux de péréquation en raison des retombées du boom des ressources;
  • Une délinquance financière généralisée en occident qui autorise le gouvernement québécois à augmenter ses dépenses et ses crédits d’impôt pour stimuler la reprise économique.
4.1.1. Le choc manufacturier et commercial

Malgré ces facteurs atténuants dont l’impact diminue avec le temps, la récession nord-américaine et l’intensification de la concurrence à l’échelle mondiale sont lourdes de conséquences pour l’économie québécoise comme en témoignent :

  • Les nombreuses fermetures d’usines et le ralentissement chronique dans la plupart des secteurs de notre économie, particulièrement ceux impactés par la parité du dollar canadien (meuble, bois d’œuvre, équipements exportés, etc.) et les importations de produits équivalents à des prix dérisoires;
  • Les déménagements d’entreprises vers des régions économiquement dévastées où les travailleurs et les autorités offrent d’importantes concessions salariales ainsi qu’une importante aide gouvernementale;
  • Les transferts d’activités manufacturières de filiales étrangères, canadiennes et québécoises qui utilisent ce moyen pour abaisser leurs coûts et accéder à des marchés stratégiques en croissance;
  • L’augmentation du contrôle étranger sur notre économie alors que plusieurs de nos entreprises estiment ne plus avoir les reins assez solides pour s’attaquer à des marchés et des concurrents dont la taille et l’expérience rendent le pari trop risqué. C’est le cas de plusieurs de nos PME, mais aussi de grandes entreprises comme Alcan qui n’a plus la taille pour rivaliser avec les géants des ressources nouvellement constitués;
  • La précarité et la déplétion de certains de nos champions nationaux dans le commerce du détail qui croupissent de la concurrence inégale des grandes surfaces canadiennes et internationales ainsi que celle des géants du commerce électronique;
  • Des pressions concurrentielles accrues sur nos grands donneurs d’ordre les forçant à se lancer dans des paris sans cesse plus audacieux afin de maintenir leur position de leader. L’exemple du projet des avions de séries C de Bombardier vient immédiatement à l’esprit tout comme ceux moins heureux de Nortel et BlackBerry;
  • Une croissance difficile parmi nos entreprises émergentes confrontées aux difficultés des grands donneurs d’ordre nord-américains. Un contexte qui les oblige à entreprendre des pèlerinages risqués pour se tailler une place auprès des grands donneurs d’ordre des pays nouvellement industrialisés qui comptent déjà sur une armada de sous-traitants qui ne sont pas en reste en matière d’innovation, de compétitivité, d’assimilation et de rétro-ingénierie.
  • Un déclin manufacturier et une balance commerciale fortement déficitaire qui pèsent lourdement sur notre économie.
4.1.2. Le virage ressources

Pendant ce temps, la seule embellie au plan économique semble provenir du secteur des ressources. Quelques découvertes initiales au début des années 2000 laissent croire que notre sous-sol pourrait contenir des hydrocarbures et du gaz de schiste en quantité suffisante pour aider notre économie. Malgré des contraintes environnementales évidentes, le gouvernement n’hésite pas à considérer cette manne en octroyant les permis d’exploration nécessaires dans la vallée et l’estuaire du St-Laurent.

Par ailleurs, les prix élevés des métaux et des pierres précieuses ainsi que des découvertes minérales intéressantes dans le Nord québécois durant la même période laissent miroiter un potentiel suffisamment intéressant pour susciter un intérêt de la part des certains grands joueurs mondiaux des ressources.

Décimé dans les sondages et en mal d’un fer de lance au plan économique, le gouvernement Charest surfe sur la psyché des grands projets mobilisateurs d’autrefois et annonce à la fin de son troisième mandat le fameux Plan Nord. Afin d’accroitre les investissements dans les régions passablement couteuses et peu explorées du Grand Nord québécois, le gouvernement accepte de prendre à sa charge le développement d’importantes infrastructures. Il met également en place un cadre minier compétitif au plan mondial dans l’espoir que les grandes entreprises se commettent dans une première grande ronde d’investissements. On espère en outre que ces mesures favorables vont générer des indications suffisantes pour inciter les entreprises à se commettre davantage lors de rondes subséquentes.

On sait, du moins à date, que ni du côté des hydrocarbures ou du gaz de schiste les résultats ont été à la hauteur des attentes. Il est tout aussi évident que c’est pour cette raison que les opposants aux environnementalistes tardent à entreprendre le combat. Du côté des mines, les résultats ont été certes plus probants. Toutefois, malgré des niveaux d’investissements élevés au cours des dernières années, les nouveaux projets ne se sont pas révélés suffisamment porteurs pour prendre la relève des projets qui sont arrivés à maturité. Par ailleurs, le fléchissement du marché des matières premières que l’on observe depuis 2010 et le flou minier dans la politique québécoise ont démontré l’extrême mobilité du capital minier qui n’hésite pas à prendre la direction de bassins géologiques ailleurs dans le monde où les rendements et le climat d’affaires sont plus avantageux.

4.1.3. Le virage économique de l’État – Prise 2

Si le Québec souffre du repli de son économie réelle, la période qui suit le tournant du millénaire ne sourit guère à son économie publique. Une situation qui s’explique par :

  • La forte concurrence que se livrent désormais les gouvernements de la planète pour maintenir et attirer les investissements;
  • Des leviers gouvernementaux, tels des tarifs électriques préférentiels et les emplois subventionnés, qui ne parviennent plus, ou très difficilement, à compenser nos désavantages économiques, dont celui d’être éloignés des marchés d’avenir en forte croissance;
  • L’attrition de notre capital de risque alors que nos réservoirs d’épargne sont durement touchés par d’imposantes radiations d’actifs à la CDPQ et à la SGF. Une situation qui incitera nos épargnants à privilégier dorénavant des véhicules sécuritaires et des placements hors Québec rendus nécessaires pour atteindre les niveaux de rendement exigés;
  • Un complexe du savoir qui ne cesse de s’éroder en raison de son sous-financement chronique, de ses rigidités organisationnelles et du fait que celui-ci est désormais en concurrence directe avec des régions du monde qui profitent de filières de production et de recherche d’avenir ainsi que de partenaires et de ressources financières leur permettant de se doter de systèmes avancés en matière de formation, de recherche et d’innovation.
  • Une pyramide démographique inversée qui crée un déséquilibre majeur et croissant au niveau de la sécurité des revenus et des dépenses de santé qui à leur tour accentue la précarité de notre économie et notre compétitivité à l’échelle mondiale.

Pour remédier à cette situation, le gouvernement libéral tentera de remanier le modèle de développement du Québec durant son règne de neuf ans qui s’amorce en 2003. Diverses mesures sont mises en œuvre: des privatisations partielles ou totales de services gouvernementaux comme dans la santé, des partenariats publics-privés dans les infrastructures, un recours systématique à la sous-traitance, l’abolition de structures gouvernementales et municipales redondantes, l’augmentation des tarifs des services gouvernementaux, un recours accru aux crédits et aux réductions des impôts des entreprises afin d’aider à la relance du secteur privé.

Toutefois, la réalité rattrape vite le gouvernement. Aussi valables soient-elles, ces mesures ne peuvent rien contre les pressions économiques défavorables qui secouent le Québec. Aux prises avec un record d’impopularité, le gouvernement optera pour des compromis de toutes sortes qui suffiront à le garder au pouvoir alors que l’opposition est divisée comme jamais.

Par ailleurs, les conditions se mettent en place pour une tempête parfaite au chapitre des mœurs économiques. Le règne des libéraux s’éternise. Le démantèlement des services publics, les privatisations, les dérèglementations et un recours accru à la sous-traitance ont créé de nombreuses occasions d’enrichissement pour des entrepreneurs de tous acabits. On se retrouve en outre dans un contexte politique très fragmenté en vertu duquel les résultats d’élection peuvent aller dans toutes les directions. Fidèle à nos mœurs qui nous rappellent les excès de corruption durant les années de grandes dépenses publiques, notamment lors de la construction des installations olympiques, tout cela va conduire à un niveau sans précédent de financement occulte des partis, de trafic d’influence de gangstérisme sur lequel il nous restera à tirer les leçons au plan économique et politique lorsque le spectacle actuel sera terminé.

4.1.4. Le statu quo de fortune

Au plan social, les années 2000 témoignent d’une accalmie a priori surprenante. Malgré le désarroi palpable d’une classe moyenne qui s’appauvrit et des jeunes de plus en plus exaspérés par une économie qui les pénalisent plus que toute autre génération depuis l’après-guerre, la situation est tempérée par ce qui peut être décrit comme un statu quo de fortune. Chacun sait que la situation est pire qu’elle n’y parait. Les divers groupes d’intérêts qui composent notre société jugent préférable de ne pas trop faire de vagues. Les plus optimistes font grand cas de certaines de nos vedettes entrepreneuriales, des discours rassurants et des annonces d’investissements. En réalité, il est clair qu’à l’instar des États-Unis et d’autres pays occidentaux dont la délinquance financière dépasse les bornes, nous optons nous aussi pour la stabilité immédiate et le report des grandes mesures correctives.

Cela dit, deux événements montrent nos couleurs à venir. Premièrement, le vote massif du Québec en faveur du NPD lors des dernières élections fédérales. Un vote qui confirme à quel point la population est dorénavant préoccupée par la protection de ses acquis plus que par toute autre considération. Deuxièmement, la crise étudiante de 2012 qui nous rappelle que nous faisons face à un fossé générationnel croissant et à un manque de pragmatisme économique qui n’est pas seulement imputable aux plus jeunes.

4.1.5. Dans la dernière année

Durant la dernière année, il est devenu clair que ce statu quo n’allait pas pouvoir tenir encore bien longtemps. Les statistiques les plus récentes confirment que notre économie se détériore à un rythme plus rapide qu’on croyait. Le bilan de nos entreprises s’alourdit et laisse présager une accélération dans le repli des investissements et des emplois de qualité.

Bien que le gouvernement actuel reconnaisse l’importance d’orchestrer une relance de notre économie, la dure réalité est que pour la première fois de son histoire, le Québec n’a pas les moyens de financer cette relance. Les revenus de l’État sont en baisse et peinent à couvrir les dépenses incluant le service de la dette. Il est devenu pratiquement impossible de solliciter nos réservoirs d’épargne recroquevillés sur des placements sécuritaires et des véhicules financiers qui tablent sur les opportunités de croissance hors Québec. Par ailleurs, il est impensable de recourir à de nouveaux emprunts alors que notre dette menace de nous exploser à la figure advenant une accélération de la baisse des revenus, une hausse des taux d’intérêt, une baisse du marché immobilier et une récession qui provoquerait une hausse record des mauvaises créances alors que l’endettement des ménages est à un niveau historique.

En excluant la possibilité que nous puissions gagner à la loto géologique, cela signifie que si le gouvernement veut relancer l’économie, il devra trouver la recette parmi les différents outils que sont la réduction des dépenses de l’État, une augmentation du fardeau fiscal, des rabais inédits sur nos tarifs électriques, nos redevances minières et nos droits forestiers. Il faudra aussi que l’électrification des transports et le maternage bureaucratique d’une relève manufacturière se révèlent autre chose que de nouveaux mirages technocratiques.

Enfin, le rapport de force politique étant encore ce qu’il est, il nous faudra compter sur le leadership économique de nos élus. Or, ces derniers n’ont jamais été aussi divisés, leurs plateformes aussi peu rassembleuses et leurs leviers d’intervention aussi faibles. Rien n’indique non plus qu’ils aient pleinement tiré les leçons de notre passé.

Quelles leçons pour la suite?

J’en vois six. Il nous faut:

  1. Recentrer nos efforts sur le développement de notre économie réelle, c’est-à-dire les entreprises et les secteurs qui sont créateurs de valeur nette pour le Québec;
  2. Accélérer la mondialisation de notre économie;
  3. Adapter nos stratégies d’intervention économique aux nouvelles réalités;
  4. Attaquer le déséquilibre croissant de notre économie publique qui représente un poids pour le reste de notre économie;
  5. Changer notre discours et notre leadership économiques;
  6. Réformer notre complexe du savoir pour adapter la progression de nos gens et de nos organisations aux compétences réellement requises.

Nous reviendrons plus tard sur ces enjeux.