Le déclin des entreprises au Québec (2/3)

 

(Lire première partie de l’article)

2. Les grands risques qui guettent nos entreprises

Maintenant que nous avons caractérisé les principaux types d’entreprises composant la structure industrielle du Québec, nous sommes à même de mieux comprendre les risques auxquels notre économie sera confrontée dans les prochaines années. Pour les fins de la présente discussion, j’en ai dénombré cinq.

2.1. L’affaiblissement de nos entreprises porteuses

Le premier grand risque est celui d’un affaiblissement généralisé de nos entreprises porteuses. Un risque réel et majeur qui découle à la fois de tendances lourdes au plan mondial ainsi que des faiblesses inhérentes de certaines de nos entreprises.

Au chapitre des tendances lourdes, soulignons:

  • L’accélération de la mondialisation;
  • La mainmise croissante du capital étranger et des grands groupes industriels mondiaux sur les structures industrielles nationales;
  • Une intensification de la concurrence à l’avantage des entreprises des pays nouvellement industrialisés;
  • La fin de la dominance de l’industrie et du marché nord-américain dans la structure économique mondiale;
  • Une vague prochaine de consolidation qui pénalisera lourdement les entreprises les plus faibles et qui fera de nos entreprises porteuses des cibles de choix pour des conglomérats en mal de croissance organique et à la recherche d’une posture renforcée pour supporter la montée en puissance d’entreprises rivales.

Autant dire d’entrée de jeu que je partage aucunement le discours optimiste de ceux qui parlent d’un soi-disant retour des emplois manufacturiers en occident ou d’une reprise qui puisse enrayer la débâcle industrielle et le ballonnement des économies publiques occidentales qui ne sont plus supportées par leur économie réelle. La nouvelle réalité des marchés mondiaux va bien au-delà de ce pseudo rééquilibrage des salaires et des coûts de transport. Pour preuve, on n’a qu’à regarder l’évolution récente dans la composition, la propriété et la répartition géographique des flux de capitaux, les investissements industriels ainsi que ceux des biens d’équipement et de consommation, courants et hauts de gamme, pour comprendre que non seulement les économies occidentales sont globalement en perte de vitesse mais que leurs entreprises, incluant leurs multinationales, ne font guère mieux dans l’ensemble.

Le portrait se précise davantage lorsqu’on réalise que la croissance des entreprises occidentales durant les dernières années a plus souvent qu’autrement été le résultat d’acquisitions coûteuses, risquées et moins viables à long terme que l’heureux mélange de croissance organique et d’acquisitions ciblées de leurs contreparties.

La perte de suprématie des économies occidentales et de leurs firmes semblent d’autant prévisibles lorsqu’on répond objectivement aux questions suivantes, à savoir:

  • Quelles sont les entreprises les mieux positionnées pour continuer à alimenter et à intégrer les marchés matures de l’Occident sachant que leur production à faible coûts est loin de s’être estompée?
  • Quelles sont les entreprises qui ont enregistré les succès les plus retentissants dernièrement dans la progression du niveau de sophistication de leurs filières de production poussant ainsi dans leurs retranchements bon nombre de multinationales occidentales?
  • Quelles sont les entreprises les plus à même de prévaloir dans le futur sachant que leur marché d’origine sont en voie de constituer  les nouveaux grands marchés stratégiques de la planète alors qu’ils sont alimentés par la classe moyenne la plus riche dans le monde et la plus forte concentration d’entreprises prospères au niveau mondial?
  • Qui d’autres qu’elles accumulent les ressources à un rythme aussi effréné pour profiter des prochaines vagues de mondialisation et de consolidation? Nous parlons ici de filières de production, de R&D et savoir-faire, de capitaux, de réservoirs d’épargne, de moyens diplomatiques et éventuellement militaires.
  • Parlant de mondialisation, quelles sont les entreprises les mieux placées pour exploiter la nouvelle cuvée des pays à faible salaires ainsi que les marchés populeux sachant qu’elles ont à la fois l’éventail de filières de production à rabais et que cette expertise est facilement délocalisables?
  • Qui d’autres que les firmes d’entreprises chinoises et coréennes ont à la fois les moyens d’offrir une sortie de crise financière à l’Occident et d’y aller d’investissements manufacturiers à l’étranger leur donnant accès aux marchés et aux ressources stratégiques des différents continents?
  • À quels marchés et clientèles devons-nous d’ailleurs la performance actuelle de la plupart des entreprises occidentales porteuses?

Si les tendances précédentes annoncent une intensification de la concurrence de la part des entreprises des pays nouvellement industrialisés ainsi qu’une vague sans précédent de consolidation qui risque de pénaliser lourdement de grands pans des structures industrielles occidentales, le Québec a d’autres raisons de frémir. Car loin d’avoir un tissu  industriel bien portant, nous dépendons d’entreprises protégées ainsi que d’entreprises porteuses peu nombreuses et qui sont davantage à risque qu’on le souhaiterait, surtout en fonction du contexte qui s’annonce.

Sans aller dans les détails, mon inquiétude au niveau de nos entreprises porteuses se situe à quatre niveaux. Premièrement, un bon nombre d’entre elles sont cantonnées géographiquement. Dans bien des cas, cette situation s’explique par la spécificité géographique de leurs actifs, de leur mandat et de leurs avantages stratégiques. Dans d’autres cas nous avons affaire avec des entreprises qui ont raté leur aventure ou qui ont jugé ne pas avoir les atouts requis pour réussir leur implantation à l’étranger. Or, tôt ou tard, leur exclusion des marchés stratégiques va les pénaliser.

Deuxièmement, plusieurs de nos entreprises porteuses ne sont pas positionnées sur des secteurs d’avenir ou à forte valeur ajoutée. Certaines d’entre elles s’appuient en outre sur des avantages stratégiques qui ne sont pas aussi patents dans le nouveau contexte qui s’annonce.

Troisièmement, nous avons une surreprésentation de filiales dont les maisons-mère sont aux prises avec des difficultés financières ou de nouvelles modalités de croissance qui annoncent un repli géographique.

Quatrièmement, plusieurs de nos entreprises porteuses – dont celle qui forment la relève –  évoluent sur des interstices et des segments de marché avec les limitations et les risques que cela comporte. Certes, on peut débattre des mérites d’une stratégie de spécialisation mais il arrive généralement un point ou la poursuite de la croissance oblige ces entreprises à déborder leur marché existant et à se commettre à des paris audacieux qui les exposent à des concurrents plus puissants. Le pari de Bombardier avec ses avions de série C vient immédiatement à l’esprit. Dans d’autres cas, les succès ou les insuccès récents les placent directement dans la ligne de mire de joueurs d’envergure qui sont en voie d’attaquer leurs marchés ou de les acquérir afin d’accélérer leur croissance et de renforcer leur posture. L’acquisition d’un spécialiste de l’aluminium comme Alcan par le conglomérat minier Rio Tinto est un exemple récent. Sans être prophète de malheur, on ne peut nier qu’un scénario similaire puisse éventuellement s’appliquer dans le cas de Rona, Garda, Jean Coutu, Métro, Saputo, Couche-Tard et bien d’autres. Peu importe que ces entreprises connaissent du succès ou pas, elles sont à risque d’être acquises ou de faire face à une plus forte concurrence qui pourraient les affaiblir.

La figure 3 illustre les trois principaux risques reliés à un affaiblissement de nos entreprises porteuses.Eporteuses

Le premier risque est celui d’une réduction importante de la contribution économique des entreprises porteuses à   l’économie québécoise combinée à un recours accru à l’aide gouvernementale. Le dédoublement et la double directionalité des flèches indique la possibilité que la posture stratégique de certaines de nos entreprises s’effritent au point d’entrer dans la catégorie des entreprises en déclin ou celle de devenir des coquilles vidées de leur substance après qu’une direction étrangère décide de les réduire à une configuration minimale.

Le second risque, illustré par un symbole pour le moins évident, évoque la menace de pertes de mandats de production et d’assemblage, le déménagement, et la fermeture pure et simple d’entreprises. Ce risque est particulièrement élevé pour les filiales de multinationales. À titre d’exemples, la perte d’un mandat de production à une usine concurrente d’un groupe mondial comme cela pourrait être éventuellement le cas pour Bell Helicopter ou IBM Bromont sont des risques qui paraissent théoriques à ce stade-ci mais qui pourrait s’avérer réel. Pour d’autres entreprises, le risque est immédiat. La menace récente d’Alcoa de délester sa capacité de production d’aluminium au Québec si le gouvernement ne modifie pas ses tarifs électriques démontre le genre de dynamique avec laquelle nous devrons composer au cours des prochaines années.

Le troisième risque est de ne pas voir une relève se manifester dans cette catégorie. Un risque qui augmente substantiellement si nous perdons nos donneurs d’ordre dont l’influence et le réseau fournit souvent l’impulsion et la motivation pour que la relève accepte le défi de passer au prochain stade de développement plutôt que de se faire acquérir par des entreprises étrangères. L’absence de relève est d’autant plus risquée pour le Québec que nous évoluons désormais dans une économie qui obligent une transformation rapide de nos structures industrielles qui est l’apanage de ce type d’entreprises. Le problème de la relève est d’autant plus coûteux que nos gouvernements n’ont de choix le cas échéant d’investir massivement dans leur développement afin de protéger notre structure industrielle à long terme.

2.2. L’échec de la conversion de nos entreprises protégées

Le deuxième risque en importance concerne la possibilité de voir nos entreprises protégées être considérablement affaiblies par la prochaine vague de libéralisation des marchés dont l’ampleur est à mon avis sous-estimé à la fois par nos analystes et nos dirigeants d’entreprises.

Deux raisons expliquent cet abaissement sans précédent que nous prévoyons au chapitre des mesures protectionnistes. La première raison est que le maintien de notre activité économique, voire notre niveau de vie, dépend de plus en plus de la présence du capital étranger. Cette situation s’explique par la faiblesse relative de nos entreprises et de nos marchés. À cela s’ajoute la rareté généralisée des ressources financières disponibles à nos entreprises alors que les fonds auto-générés par celles-ci ont eu tendance à diminuer ces dernières années. Il se trouve aussi que le profil de risque/rendement de nos entreprises rebutent à la fois leurs dirigeants ainsi que les pourvoyeurs de fonds qui trouvent moins risqué et davantage attrayant d’investir dans des entreprises étrangères ou sinon présentes sur les marchés d’avenir. Cette rareté est d’autant plus évidente que nos gouvernements n’ont plus les ressources pour soutenir nos entreprises et les aider à contenir la concurrence au niveau mondial.

Conséquemment, le gouvernement n’a pas le choix. S’il veut soutenir notre économie et notre niveau de vie, il doit s’en remettre au capital étranger et rivaliser par le fait même avec les autres gouvernements de la planète pour attirer ce capital en forte demande. C’est pourquoi, nous en sommes rendu à acheter des emplois à coup de subvention, à offrir des rabais croissants sur les tarifs d’électricité déjà bas et qui sont de moins en moins source de différentiation dans le contexte énergétique que nous connaissons. Nous devons aussi développer à nos frais les infrastructures requises, comme celles que requiert le capital minier dans le Grand Nord. Nous sommes de plus en plus forcé à réaménager les impôts, les redevances, la réglementation et les normes environnementales. Or, il est clair que ces facteurs ont leur limite, chez nous comme ailleurs.

Incidemment, la seconde raison qui rend inéluctable un abaissement sans précédent de nos mesures protectionnistes concerne le fait que la plupart des gouvernements ont épuisé les moyens précédents. Ils sont endettés et leurs leviers d’intervention sont non seulement de plus en plus onéreux mais ils sont devenus de plus en plus inopérants pour contrer le désavantage stratégique de leurs entreprises et de leurs marchés. C’est aussi notre cas.

Ce faisant, il est de plus en plus clair que nous entrons dans une nouvelle phase. Celle ou nos gouvernements n’ont de choix que de recourir à une ouverture sélective de nos marchés protégés et à se commettre à des ententes de libre-échange. Dans le meilleur des cas, nos gouvernements parviennent à négocier des positions secondaires pour obtenir en retour un accès plus stratégiques à des marchés d’avenir pour nos entreprises porteuses. À terme, il est clair que la situation se compliquera d’autant que nous assistons actuellement à ce qui devient inexorablement une déroute d’économies nationales qui est en train de donner naissance à un effet de domino au niveau des marchés protégés. Ce mouvement est d’autant prévisible que les populations de la planète sont de plus en plus en mesure de comprendre les effets pernicieux du protectionnisme ainsi que leur incapacité à soutenir des entreprises souvent ronflantes qui grèvent les ressources des entreprises porteuses et qui privent les consommateurs de produits de qualité souvent supérieure et à des prix nettement moindres.

Le risque lié à l’ouverture de nos marchés protégés est évidemment majeur pour le Québec. Comme le montrait la figure 2, ces entreprises occupent une place excessivement importante dans notre économie, tant par leur taille que la nature stratégique de leurs activités. Ce n’est pas surprenant puisque que le Canada, et encore plus le Québec, ont tous deux une longue tradition en matière de protectionnisme. Dans le cas du Québec, je ne crois pas exagérer en disant que durant les six dernières années nous avons été la juridiction la plus interventionniste en Amérique du Nord mais aussi celle qui a le plus fait usage du bouclier protectionniste.

Or, le risque de la libéralisation des marchés est d’autant plus grand pour nous que l’histoire économique montre que les entreprises protégées, et par surcroit celles qui sont régies par les gouvernements, réussissent rarement à se convertir en entreprises porteuses. Le risque de non-conversion est particulièrement élevé pour les entreprises qui se sont développées et sont restées cantonnées dans un petit marché comme celui du Québec. Le taux de réussite est encore plus faible si ces dernières vivent comme les notres en périphérie de grands marchés hautement compétitifs peuplées par de puissants concurrents comme ceux des banques, des entreprises de télécommunications, des médias, de l’agroalimentaire aux États-Unis. Dans de ce genre de cas, il est clair qu’une ouverture pure et simple de nos marchés protégés signifieraient à coup sur la disparition de plusieurs de nos entreprises ou du moins l’obligation pour ces dernières de se commettre à des transformations radicales qui les rendraient méconnaissables, au point d’être forcées de disparaître.

L’étude de tels cas montrent aussi que le haut taux d’échec dans la conversion de ces entreprises trouvent son explication dans le comportement de leurs dirigeants. Au lieu d’avaliser prestement le changement à venir et de se mettre immédiatement sur un pied de guerre, ces derniers ont  plutôt tendance à consacrer l’essentiel leurs énergies à profiter de tous les recours politiques et économiques à leur disposition pour résister à la perte de leurs protections. Et lorsqu’il est trop tard, c’est généralement le type de personnes qui vont chercher à se faire acquérir pour maximiser leurs avoirs et ceux des actionnaires, et ce au détriment de notre économie.

Il y a aucun doute que l’action récente du gouvernement fédéral visant à ouvrir le marché de la téléphonie cellulaire ainsi que la virulente campagne d’opinion publique mise de l’avant par les compagnies concernées, illustrent à la fois les enjeux et le genre de dynamique avec laquelle nous devrons composer au cours des prochaines années. On ne manquera pas non plus de considérer la transaction entre Rogers et la Ligue Nationale de Hockey comme un réflexe stratégique visant à protéger une tarification qui fait de moins en moins de sens au plan économique et stratégique.

Cela dit, il ne saurait être question ici de prôner une attitude cavalière quant aux mérites de la libéralisation des marchés. Ce qui importe avant tout, c’est de reconnaitre que le plus grand risque que nous courrons actuellement, c’est de voir nos entreprises protégées surestimées leur posture et faire preuve de complaisance à nos dépens plutôt que de passer à l’attaque.

La figure 4 illustre la nature du risque associé à l’affaiblissement de nos entreprises protégées.Eprotégés

Le premier risque est celui de devoir composer avec une forte diminution de l’apport économique de ces entreprises et à devoir verser une aide gouvernementale transitoire afin de minimiser l’exode vers les entreprises de catégorie 3 avec comme conséquences des pertes d’emplois massives, une chute brutale des investissements et des revenus de l’État. Le second risque est que nous assistions à une faible conversion d’actifs ou d’entreprises vers la catégorie 1. Le troisième risque et non le moindre est que des entreprises de catégories 4 soient essentiellement les seules à pouvoir mettre la main sur nos joyaux et que ceux-ci disparaîssent progressivement au profit d’entreprises-pipelines nous alimentant de plus en plus en produits importés. Ce risque d’atrophie est particulièrement élevé dans le cas des entreprises dont les équipements et les systèmes sont gérables à distance et celles qui ont une configuration facilement extensible (ex. télécommunications) et dont les processus d’affaires sont hautement transactionnelles comme ceux des banques et des entreprises de distribution.

2.3. L’atrophie accélérée de nos entreprises à risque

La troisième grand risque concerne nos entreprises dont la posture stratégique risque fortement de se détériorer dans un contexte de faible croissance de nos marchés, d’une intensification de la concurrence et d’une vague de consolidation à l’échelle planétaire.Erisque

Comme le suggère la figure 5, trois types de risques sont à prévoir dans cette catégorie:

Premièrement, il y a un risque élevé d’une baisse considérable de l’apport de ces entreprises à l’économie du Québec. Il y a aucun doute que cette baisse de contribution obligera nos gouvernements à se commettre à des mesures de transition coûteuses dont celles de pallier à des régions et des individus dorénavant en situation de sous-emploi chronique avec tous les problèmes économiques et sociaux que cela comporte.

Deuxièmement, il y a un fort risque que nous assistions à une faible consolidation parmi ce groupe. Contrairement à la consolidation des années 70-80 qui avait permis à des entreprises comme Bombardier de faire incursion dans le matériel de transport et celui de l’aviation civile, le risque est que ce genre d’incursion ne sera pas aussi facile. Comme nous le mentionnons précédemment, les moyens financiers se font rares (entreprises, épargnes, financement). Les perspectives de croissance sont meilleures ailleurs dans le monde. Elles exigent déjà un niveau élevé de nos entreprises porteuses qui ont moins de ressources à consacrer ici. Il y a plus de risque associés à une diversification que ce n’était le cas à l’époque. Les actifs sont par définition de moindre qualité. Il y enfin le fait que nos entrepreneurs désireux de consolider nos positions doivent désormais composer avec le capital étranger qui a les ressources pour acheter des actifs à rabais si l’occasion se présente.

Incidemment, le troisième risque est que les entreprises de catégorie 4 vont entrer et accélérer leur pénétration dans l’alimentation, l’agro-alimentaire, le commerce électronique, les magasins à grande surface, les garages, les pharmacies, la restauration rapide, le transport, la distribution de toutes sortes et les secteurs transactionnels. Il faut ainsi  s’attendre à une plus importante substitution de la fabrication locale par des importations qui viendront affaiblir notre secteur manufacturier détenus par des intérêts québécois. À l’image de ce qui se passe dans le secteurs des ressources, il faut aussi s’attendre à ce que beaucoup de nos petites capitalisations soient supplantées par des entreprises étrangères qui déploieront leurs technologies et les capitaux nécessaires pour acquérir et déclasser nos actifs manufacturiers.

2.4. Une plus grande occupation de marché des entreprises étrangères

Le quatrième grand risque pour l’économie québécoise est que l’augmentation des entreprises de cette dernière catégorie agisse tel un trou noir économique (figure 6), siphonnant nos ressources, nos emplois de qualité, nos composantes industrielles à valeur ajoutée nous privant ainsi de poursuivre notre développement futur. Ainsi, au lieu de profiter, de contrôler notre création de richesse et de faire naître des générations de nouvelles entreprises, on accentue le risque que notre structure industrielle deviennent essentiellement une économie-pipeline, c’est-à-dire une économie de produits importés, de ressources destinées à d’autres régions industrielles et de produits à faible valeur ajoutée. Dans le meilleurs des cas, nous aurons à faire avec des entreprises de pointe, de moins en moins possédées par des intérêts de chez nous et dont les emplois seront de plus en plus négociés à grands coups de subventions récurrentes et de tarifs préférentiels. Eoccupation

2.5. Un risque systémique accru

Enfin, il y a une série de risques que nous n’avons pas évoquer directement. Des risques qui ne sont pas toujours mesurables et tangibles mais dont l’influence est envahissante et qui pourrait être permanente. Je les énumère en vrac:

  • L’abaissement de nos conditions de vie et de travail reflétant en lien direct avec notre perte de compétitivité à l’échelle mondiale;
  • Un accroissement des inégalités sociales découlant des pertes d’emploi et la diminution de la qualité des emplois restants ainsi qu’un décapage des classes moyenne et aisée;
  • Le réflexe électoraliste d’une population qui aura tendance à usurper le processus démocratique pour se voter des mesures compensatoires. Des mesures qui vont à leur tour générer de plus grands déséquilibres, tels un endettement accru et une fiscalité agressive qui va accélérer l’exode de capitaux, des entreprises, des cerveaux et diminuer d’autant nos chances d’accroitre notre création de richesse et notre savoir-faire collectif dans le futur;
  • La tentation des plus vieux de continuer à doper l’économie actuelle quitte à monnayer à rabais notre patrimoine économique (électricité, potentiel minier et agricole, société d’État, environnement, etc.) au détriment des générations futures et du développement durable;
  • Un renforcement de l’opportunisme économique de bas étage parmi les différents acteurs, notamment à ce qui à trait à l’évasion fiscale, la corruption et la capitulation de nos élites économiques;
  • Une dépendance économique chronique au capital étranger qui tuera progressivement l’entrepreneurship, l’innovation, l’audace et la  détermination de nos entrepreneurs et de nos travailleurs;
  • Une plus grande insécurité sociale qui se traduira par une recrudescence des conflits sociaux, davantage de stress, d’anxiété, de désespoir et d’impuissance parmi les jeunes, les plus défavorisés, les retraités, les travailleurs et même notre élite économique dont le nombre et le statut risque d’être chambardé;
  • Un affaiblissement de notre rapport de force à plusieurs niveaux (ex. négociation d’ententes avec les entreprises, traités commerciaux, partenariat canadien, etc.).

 

(Suite)

 

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