Les tendances qui vont transformer le monde de l’éducation durant la prochaine décennie

À suivre l’actualité, on en vient à croire que le monde de l’éducation est dans une impasse. Ses décideurs donnent l’impression d’être à court de solutions. La plupart d’entre eux semblent désormais résignés à gérer la décroissance imposée par des gouvernements qui n’ont plus les moyens de soutenir des infrastructures publiques conçues à une époque où l’on avait la certitude que la croissance future allait éponger leurs déficits. Heureusement pour ceux qui sont concernés par l’avenir de l’éducation, cette traversée du désert ne va pas durer. Déjà, les conditions se mettent en place pour que l’on assiste à une éventuelle relance du secteur. Mais attention, cette relance obligera de profonds changements dans la composition et le fonctionnement du secteur. Quels sont ces changements? Comment impacteront-ils nos systèmes existants? Qui seront les grands gagnants de cette transformation? Voilà autant de questions auxquelles nous tentons de répondre avec ce premier survol.

Vers un nouveau cycle de performance

Telle que représentée dans le texte précédent, la courbe de performance des systèmes éducatifs actuels tire à sa fin. À notre avis, six raisons expliquent cette fin de cycle:

  1. Les tares inhérentes aux grands services publics, c’est-à-dire ses coûts élevés et les rigidités associés à l’hypersyndicalisation et à la bureaucratisation. Il en va aussi d’une gouvernance paralysée par la multitude d’entités et d’instances décisionnelles, des rapports de force paralysants, un sous-financement chronique, le comportement électoraliste de nos gouvernements et une lacune évidente au niveau de l’imputabilité des résultats parmi les gestionnaires du secteur;
  2. Des marchés restreints et des modèles organisationnels bétonnés ne permettant plus depuis longtemps de générer des économies d’échelle, d’envergure et de réseaux pouvant soutenir la croissance organique du secteur;
  3. Des activités de première ligne étouffées par une pyramide inversée de dépenses non créatrices de valeur;
  4. Des contenus, des modèles pédagogiques, un corps professoral dont la culture, la formation académique et la tenure à long terme sont bousculés par des mutations sans cesse plus rapides au plan industriel, technologique, organisationnel et social;
  5. Le retard systémique du secteur au plan technologique et économique ayant permis à des secteurs connexes tels ceux des communications, des technologies, de l’information et de l’internet de croître à ses dépens en lui opposant de nouvelles plateformes de transmission et d’assimilation du savoir nettement plus performantes;
  6. La mondialisation, la détérioration des structures industrielles nationales et la perte d’influence et de pouvoir économique des États-nations privant désormais la plupart des systèmes éducatifs nationaux de développements industriels, de mandats de recherche, de ressources financières et du protectionnisme nécessaires à l’accumulation d’un savoir-faire de premier plan.

 Crise et transformation

La figure 1 illustre à notre avis ce qui attend le secteur au cours des prochaines années. Nous avons identifié neuf changements qui vont précipiter une importante perte de compétitivité des systèmes existants. Ultimement, cette perte de compétitivité va transformer le secteur à l’avantage de systèmes éducatifs concurrents nettement plus performants. (cliquez sur image pour agrandir)

Figure 1

Crise et transformation à venir du secteur de l’éducation

Crise et transformationNous prévoyons que d’ici quinze à vingt ans le marché de l’éducation sera mondialisé. La majorité des systèmes éducatifs nationaux auront fait les frais d’un important mouvement de consolidation. La plupart des États auront opté pour se retirer du financement et de la gouvernance des activités opérationnelles du secteur. Pour l’essentiel, leur présence se limitera à la réglementation et à l’aide financière de manière à assurer une éducation de qualité, accessible et conforme aux exigences économiques et sociales que nous choisirons de nous imposer.

Le marché sera quant à lui contrôlé en grande partie par des entreprises mixtes et des consortiums qui auront su rivaliser d’adresse pour accaparer ce marché colossal. Grâce à des investissements majeurs d’une part et à d’une concurrence essentiellement basée sur l’innovation d’autre part, le marché connaitra une relance caractérisée par une forte croissance et un niveau de performance qui n’aurait jamais été possible en vertu des systèmes actuels.

L’impact sur les systèmes d’enseignement actuels

La figure 2 illustre comment les facteurs précédents affecteront nos systèmes actuels. Nous avons cru important de distinguer entre les effets liés à l’évolution de la demande et de la technologie, à l’arrivée de nouveaux fournisseurs de contenus, d’applications et d’infrastructures, ainsi qu’à l’implantation de nouveaux opérateurs de réseaux d’apprentissage, dont la plupart auront désormais une envergure mondiale. Nous insistons aussi sur l’importance des changements à venir en matière de financement et de gouverne du secteur.

Figure 2

L’impact des changements à venir sur les systèmes éducatifs actuels

Facteurs de transformation

 

Nous poursuivrons avec une analyse détaillée de ces changements dans le prochain texte.