La compétitivité: un enjeu majeur pour le Québec

Cet article a été originalement publié sur le blogue de l'Association des économistes du Québec 

 

Introduction

S’il est une réalité économique que nous devons aujourd’hui reconsidérer à la lumière de la mondialisation et des limitations financières du gouvernement, c’est que la performance de notre économie dépend plus que jamais de la compétitivité de nos entreprises.

Pourtant, cette question occupe relativement peu de place dans notre discours économique. On lui préfère de loin celle de nos dépenses publiques.

C’est compréhensible. L’État occupe chez nous une place importante et nombreux sont ceux qui craignent que les présentes mesures de réduction des dépenses soient le point de départ d’une atteinte sans précédent aux engagements de l’État envers la population, ses employés et ses retraités.

Cela dit, même si la situation de nos entreprises ne semble pas avoir de quoi braquer autant l’attention, elle est beaucoup plus inquiétante qu’elle n’y parait.

Six raisons d’être inquiet

Premièrement, il est important de réaliser que la croissance de nos grandes filières industrielles n’est plus acquise. Du côté de l’électricité, la situation d’Hydro-Québec n’est pas près de s’améliorer alors que la concurrence et les surplus vont continuer de peser lourd sur la valeur de nos exportations et le développement de notre capacité de production.[1] La surcapacité mondiale dans le secteur de l’aluminium ainsi que la diminution marquée de notre avantage énergétique remettent dorénavant en question le réinvestissement dans des actifs que l’on croyait pérennes jusqu’à tout récemment.[2] Si Bombardier ne parvient pas à rétablir sa situation, notre filière aérospatiale pourrait lourdement écoper. Dans une moindre mesure, il faut s’attendre à ce que la filière des sciences de la vie continue de perdre du terrain sur le plan de la R et D et de la production.[3]

Deuxièmement, nous devons réaliser à quel point il est devenu difficile d’attirer et de retenir les filiales étrangères au Québec. Un enjeu important puisque ces entreprises comptent actuellement pour 9% des emplois et 20% de notre PIB.[4] Or, le futur n’est guère rassurant si l’on factorise nos perspectives économiques, notre éloignement des marchés en croissance et la faiblesse des moyens dont nous disposons pour participer à la surenchère que se livrent désormais les gouvernements de la planète.[5]

Troisièmement, un très grand nombre de nos PME accusent déjà un retard important sur le plan de la productivité, des technologies, de l’innovation et de l’expansion géographique.[6] Or, au rythme où la concurrence se développe, l’on peut prévoir la disparition de plusieurs d’entre elles si d’importants correctifs ne sont pas apportés.

Quatrièmement, il faut réaliser que notre secteur des ressources n’est pas une panacée. Hormis quelques découvertes récentes, le niveau d’activité du secteur a enregistré un fort recul depuis la baisse des prix des matières premières.[7] Une situation que le présent gouvernement tente de renverser en y allant d’une version renouvelée du Plan nord. Un plan qui a le mérite de préparer le futur, mais dont le risque et le caractère contre cyclique témoignent de l’urgence de compenser la faiblesse appréhendée des autres secteurs de notre économie.[8]

Cinquièmement, il faut s’inquiéter de ne pas voir émerger une relève dans les secteurs de prochaine génération. Au contraire, la tendance est plutôt de voir nos entreprises les plus prometteuses se faire systématiquement cueillir avant même que nous ayons pu pleinement profiter de leurs retombées et de leur savoir-faire. Il s’agit d’une situation qui pénalise le développement des talents et le capital de risque; deux ingrédients essentiels pour générer de nouvelles percées.

Sixièmement, on ne le dira jamais assez, nos secteurs protégés (banques, médias, télécommunications, agroalimentaire, santé, éducation, construction, administration publique, etc.) représentent un risque stratégique majeur pour notre avenir. Disons-le clairement, leur rente de situation nous coûte cher. Mais surtout, ces entreprises et organisations tardent à élever leur niveau de compétitivité alors que l’on s’en va inexorablement vers une ouverture de leur marché respectif. Une ouverture qui laisse entrevoir l’arrivée de puissants concurrents qui risquent de nous impacter lourdement sur le plan des sièges sociaux, des emplois à valeur ajoutée, des investissements, des recettes fiscales, du développement régional et de la composition de la classe moyenne. C’est un risque d’autant plus grand que la détérioration des perspectives des autres secteurs porte à croire que notre économie et notre Québec inc. pourraient être encore plus cantonnés à nos secteurs protégés dans les années à venir.

L’importance de prioriser la compétitivité de nos entreprises

Vue sous cet angle, la compétitivité apparait dorénavant comme un enjeu prioritaire pour le Québec puisqu’à moins que nous gagnions la loto géologique tout indique que nous devrons compter sur nos entreprises pour nous positionner sur les marchés les plus attrayants et nous faire profiter de la prochaine vague de consolidation (acquisitions, privatisations, ouverture de marchés) qui s’apprête à déferler un peu partout sur la planète, y compris chez nous.

Si ces dernières n’y parviennent pas, il y a fort à parier que plusieurs de nos acquis deviendront des coquilles vides, faute d’une création de richesse adéquate. Tout comme il est prévisible que nous serons nombreux à regretter de n’avoir pas compris à temps que nos entreprises sont désormais le seul véritable levier qu’il nous reste pour préserver notre patrimoine économique et social et rétablir d’une manière juste et constructive la situation de nos finances publiques.

_______________

[1] Sur la question des surplus et leurs impacts prévisibles, voir le Rapport de la Commission sur l’avenir énergétique du Québec, 2014 p.176-180.

[2] L’hydroélectricité: un avantage compétitif qui disparaît p.46. Voir aussi ce constat sur l’évolution récente de la capacité du secteur de l’aluminium.

[3] http://www.pharmabio.qc.ca/portrait-de-lindustrie

[4] Les chiffres sont de Montréal International p. 4

[5] Selon cette même étude, le Québec est à l’arrière du peloton parmi les juridictions nord-américaines.

[6] Pour une explication du retard de nos entreprises sur le plan de l’internationalisation, voir cette étude du Mouvement Desjardins. Pour un survol des questions relatives à la faible productivité et au retard technologique de nos entreprises, on peut se référer à l’énoncé de politique industrielle du gouvernement précédent.

[7] Pour un portrait avisé quant au positionnement de notre secteur minier sur l’échiquier mondial, on peut s’en remettre à l’étude de Secor-KPMG (2012). Les articles suivants sur l’abandon du projet du Lac Bloom/CNR et du second lien ferroviaire au Labrador ajoutent à la compréhension de la dynamique du secteur depuis la baisse des prix des matières premières.

[8] http://www.plannord.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/2015/04/Long_PN_FR.pdf