De l’intermédiation académique à la compétence réelle: Le premier axe d’une véritable réforme de l’éducation et de la formation

Introduction

Trois axes sont proposés ici pour expliquer le repositionnement qui nous parait nécessaire dans le secteur de l’éducation et de la formation (figure 1).

  1. une restructuration de l’offre marquée par le passage d’un système basé sur l’intermédiation académique à un système désormais axé sur la compétence réelle;
  2. une réorganisation du secteur laissant place à des joueurs de prochaine génération capables de soutenir le rythme d’innovation et la concurrence à venir dans ce secteur en voie de se mondialiser;
  3. une refonte du leadership et de la gouvernance pour accélérer l’ensemble des changements nécessaires.

3 axes de la transformation

Dans ce premier article de trois, notre attention se concentre sur le repositionnement au niveau du premier axe. Notre explication quant à cette mouvance anticipée réside dans les réponses que apportons aux deux questions suivantes:

  1. Pourquoi délaisser le modèle d’intermédiation académique comme fondement architectural de notre système actuel d’éducation et de formation?
  2. En quoi un modèle bâti sur la compétence réelle est-il supérieur?

Hérésie ou une vision réaliste laissant entrevoir l’ubérisation de l’éducation et de la formation? Je vous laisse juger.

1. Pourquoi délaisser le modèle académique?

Essentiellement, j’y vois six grandes raisons:

  1. Il existe dorénavant de meilleures façons sur le plan technique et économique de générer des contenus d’apprentissage supérieurs et mieux adaptés aux besoins des apprenants que ceux développés par des chercheurs, professeurs, pédagogues évoluant trop souvent en marge des milieux réels et dont les contenus sont trop souvent abstraits et pas aussi utiles et formateurs qu’on le voudrait;
  1. Le modèle académique implique un mode de transfert des connaissances reposant sur des intermédiaires d’enseignement dont la formation, la culture, les valeurs, les méthodes, l’absence d’expérience et d’un savoir-faire concret ajoutent au risque de dénaturation des compétences recherchées par les apprenants;
  1. Exception faite de certains programmes et écoles spécialisées accessibles à une minorité, le modèle académique tend à faire de l’école un simulacre de la réalité plutôt que servir de véritable tremplin pour une intégration réussie dans le monde du travail et la société civile. La prédominance des contenus abstraits, l’enseignement présentiel, la connaissance et l’évaluation sur une base purement académique, la socialisation juvénile, l’indépendance des professeurs et chercheurs, la faible rétroaction de ces derniers avec les besoins du milieu, sont autant de mécanismes et de caractéristiques faisant que l’école existe sur un plan parallèle plutôt qu’en étroite symbiose avec les besoins du milieu;
  1. Bien que l’école se veut égalitaire, accessible et émancipatrice, le modèle académique sélectionne, élimine, sectarise, cloisonne et met sur la voie de desserte nombre de gens aux talents parfois remarquables. Des gens pour qui l’abstraction et le cadre passif de l’école font violence à leur manière d’apprendre et de réaliser leur potentiel. Cette critique vaut aussi pour un grand nombre d’entre nous, diplômés ou pas, pour qui l’apprentissage aurait sans doute été supérieur si l’on avait eu la possibilité d’observer, expérimenter, analyser, faire, collaborer et travailler en fonction de problèmes et situations réelles et non sur la base de théories, approches et contenus trop souvent dépassés, déconnectés et déphasés avec la réalité que nous allions ensuite connaitre.
  1. Le modèle académique nous rend passifs et moins tournés vers l’action. Par son niveau d’abstraction élevé et son développement en marge des exigences concrètes et immédiates du monde réel, le modèle académique reproduit par ses parcours d’apprentissage et l’importance que nous accordons aux diplômes dans les processus de sélection des emplois certains archétypes de réussite et castes d’individus qui rendent notre société davantage bureaucratique, technocratique et moins entrepreneuriale qu’elle le serait si l’on basait l’éducation sur un modèle de développement des compétences comme celui que nous proposons plus loin.
  1. Enfin, le monde académique est basé sur un modèle économique et organisationnel qui ne tient plus la route dans la nouvelle économie du savoir et de l’information. Les composantes humaines et matérielles sont trop lourdes. Les comportements et les processus sont trop rigidifiés par des conventions dépassées par les nouveaux modèles organisationnels de prochaine génération qui ont déjà démontré leur valeur en désintermédiatisant et en augmentant le performance de nombre de secteurs d’activités. Les organisations éducatives actuelles sont de véritables pyramides de coûts indirects dans lesquelles trop d’argent va à autre chose qu’aux services de première ligne. Le poids de ces activités combiné avec les limitations financières et technologiques, font que la situation est ce point incapacitante qu’il devient pratiquement impossible de dégager une marge de manœuvre suffisante pour développer et implanter de nouvelles façons de faire sans déclencher une guerre d’appropriation des ressources. Ce secteur opère en outre sur la base de principes régaliens qui le soumette à un gouvernement qui non seulement n’a plus les moyens de soutenir le développement du secteur, mais qui fausse la mission et la stratégie requise par le secteur par transférence, c’est-à-dire en faisant de l’optimisation des ressources le principal enjeu du secteur alors qu’une remise en question beaucoup plus fondamentale est requise.

Voilà une critique dure, mais nécessaire. Une critique que l’on ne ferait pas sans avoir un modèle à proposer à la place.

2. En quoi un système bâti sur le développement des compétences réelles est-il supérieur?

Je crois que les huit raisons suivantes capturent l’essentiel de la réponse à cette question:

  1. Ce nouveau modèle capture la compétence réelle où elle est. Ainsi, plutôt que puiser, comme c’est le cas présentement, dans la tête de gens qui ont passé le plus clair de leur vie à apprendre sur des bancs d’école et à œuvrer dans des cercles académiques restreints, il s’agit dorénavant de mettre les ressources en symbiose avec le milieu et d’utiliser les nouveaux outils désormais disponibles (capture vidéo en temps réel, banque virtuelle de compétences situationnelles, plateforme collaborative, etc.) pour capturer et transmettre ce qui se vit et fait de mieux dans les milieux réels.
  1. Un modèle qui minimise le risque de dénaturation des compétences transmises à l’apprenant. Au lieu de reposer sur une chaine d’intermédiation dont les connaissances rapportées tendent à s’éloigner du vécu réel des organisations dans lequel les apprenants devront ensuite évoluer, on aura davantage recours à une approche directe de capture et de transmission. Sans tomber dans l’utilitarisme, on fera davantage confiance à ces environnements réels pour départager ce qu’il faut en matière de connaissance générale, connaissance utile, savoir-faire, expérience, sens critique et autres attitudes et comportements requis pour que l’apprenant puisse apprendre réellement et performer au meilleur de sa capacité, une fois hors de l’enceinte de l’école. Il pourra ainsi être plus à jour sur les dernières connaissances, outils, modèles, méthodes et processus dans lesquels toutes les composantes précédentes s’imbriquent. Au lieu de se limiter à un rapporteur et à des cours présentiels, il pourra ajouter l’observation de gens en train de travailler, décortiquer les besoins réels, résoudre des problèmes et innover. Il apprendra en outre d’individus, groupes et organisations démontrant les meilleures habiletés dans leur domaine respectif. Il pourra ressentir le vrai sens de la discipline et du travail accompli. Il pourra constater les erreurs, tirer les leçons, saisir dès le départ comment se relever, tout en reconnaissant ce que c’est d’être à la fois réaliste, critique et constructif. Tout cela, devenant l’ajout d’un bagage nouveau et précieux plutôt que de se limiter à celui d’intermédiaires trop souvent éloignés des enjeux réels. Des gens qui persistent à croire en un savoir trop souvent démodé, abstrait et qu’on est constamment forcé de renouveller avec les derniers artifices de la pédagogie nouvelle – comme les classes inversées, les cours en ligne, l’utilisation des applications e-learning sur tablettes électroniques – plutôt que réaliser que c’est avant tout la faiblesse de leur préemption sur le monde réel qui fait défaut à la base.
  1. Il offre un profil d’apprentissage plus complet pour les apprenants. Au lieu de se considérer comme un passage obligé, une preuve d’endurance, et une capacité à maitriser des connaissances générales et des méthodes instruites trop souvent complexifiées à outrance, le modèle des compétences réelles élargit d’emblée le profil des apprenants aux dimensions à haute valeur ajoutée. Celles qui sont dorénavant au coeur de la réussite en emploi: le savoir-faire, l’expérience, les comportements et les attitudes gagnantes selon les activités convoitées. Ce profil élargi comporte d’autres bénéfices. Il évite bien des erreurs d’orientation en mettant rapidement l’apprenant en contact direct avec le milieu qu’il contemple, ou d’autres qui pourront rapidement devenir partie intégrale de sa recherche. Ce modèle direct valorise et stimule davantage l’intérêt de l’apprenant. Il permet de dépasser les limites de l’abstraction et de la spécialisation académique qui minent trop souvent la compréhension d’ensemble, la confiance, la capacité d’agir, la débrouillardise qui manquent souvent cruellement à biens des recrues qui sortent de l’école. À l’inverse, un profil basé sur les compétences réelles augmente l’esprit d’équipe, la collaboration, le goût d’entreprendre, d’innover, de faire une différence. Il prépare mieux l’apprenant en le rendant davantage apte, confiant, fier et déterminés face à l’avenir et sa réussite.
  1. Il permet un meilleur transfert et une meilleure assimilation des apprentissages dans la mesure ou ce transfert n’est plus aussi influencé par les limites et les intérêts personnels de nos académiciens ainsi que par les contraintes physiques et budgétaires d’une école fermée qui doit payer des sommes énormes pour créer son environnement parallèle (multiplication à outrance des spécialistes, des classes, des ressources d’accompagnement, etc.). En outre, grâce à une validation constante de l’apprentissage des compétences en fonction des besoins réels du milieu, il devient plus facile de forger des parcours d’apprentissage plus rapides et cohérents. On départage mieux autant chez l’enseignant que l’apprenant ce qui est requis et ce qui ne l’est pas pour réussir. Au lieu de critères académiques subjectifs, il devient possible d’évaluer plus justement la progression des apprenants en fonction de compétences réelles et non d’un savoir trop souvent théorique. On peut ainsi mieux encadrer l’apprenant et corriger le tir. D’ailleurs, à voir ce qui se développe actuellement en matière de simulateurs, laboratoires virtuels, plateformes collaboratives, plateformes d’apprentissage personnalisées, banques de compétences, on ne peut que souscrire à l’idée que la capture et le transfert des compétences réelles offriront à la fois de meilleurs apprentissages et une bien meilleure assimilation.
  1. Il permet une meilleure prise en charge des jeunes. En migrant vers un système basé sur la capture et le transfert des compétences réelles, notre système d’éducation fera moins de victimes parmi les jeunes qui sont actuellement touchés par un marché de l’emploi saturé comme jamais auparavant. Un marché dans lequel les emplois à vie disparaissent, les emplois de qualité se font rares, les plus vieux reportent leur retraite et le gouvernement désinvestit ses activités. Ils sont aussi aux prises avec un marché dans lequel de plus en plus d’employeurs optent désormais pour l’embauche de ressources qualifiées disposant déjà d’un savoir-faire et d’une expérience. Une expertise que la conjoncture libère présentement à un rythme alarmant. Bien mieux servis à l’avenir seront les jeunes par un modèle qui élargit leurs compétences plutôt qu’un modèle de connaissances générales, dont la prise en charge séquentielle par le marché du travail qui est devenue une proposition inopérante dans la conjoncture présente. Une proposition inopérante à ce point que beaucoup de jeunes, laissent actuellement sur la table, très souvent sans même le réaliser, des centaines de milliers de dollars perdus en raison du retard dans leur entrée et leur progression sur le marché du travail – voire de leur exclusion -. Une somme déjà importante à laquelle on devrait ajouter ce qu’il en coûte en termes de report quant à leur accès à la propriété et la constitution de leur capital de retraite. Et que dire du coût psychologique pour des jeunes dans la fleur de l’âge. Devant ce coût effarant, l’on en vient à se demander pourquoi le leadership étudiant tappe tant sur le clou des frais de scolarité alors que c’est plutôt la refonte du système de l’éducation qui devrait être leur principal cheval de bataille. C’est d’autant plus confondant qu’avec tout ce qui les entoure comme technologies et changements, ils devraient être les premiers à comprendre que l’école est elle aussi en voie de s’ubériser, et ce dans leur plus grand intérêt.
  1. Il permet la mise sur pied d’un système de formation continue pouvant mieux répondre aux besoins réels et immédiats de la population active et des employeurs. On le sait, le Québec comme le reste du monde entre actuellement dans une phase de concurrence mondiale et une accélération sans précédent sur le plan de la technologie, de la création de nouvelles industries, de nouvelles organisations et de nouveaux processus de travail. En clair, cela signifie que nos gens et nos entreprises auront besoin comme jamais d’un système de formation continue basé sur des ressources académiques, mais des formateurs, des outils et des réseaux de prochaine génération permettant de renouveler nos compétences réelles en temps opportun pour ainsi accroître notre longévité professionnelle et soutenir notre compétitivité par rapport au reste du monde. Dans notre esprit, il nous semble acquis que le marché de la formation surpassera éventuellement celui de l’éducation et que celui-ci commandera que l’on accorde une plus grande importance que jamais au développement des compétences réelles.
  1. Il permet d’améliorer radicalement l’économie du secteur. Comment? En faisant simplement comme bien d’autres secteurs de notre économie; c’est-à-dire en mettant à contribution les nouvelles technologies pour:
    • augmenter la qualité des produits et services;
    • offrir de meilleures interfaces;
    • déployer des réseaux plus facilement accessibles, flexibles et performants;
    • diminuer le coût des services rendus par le biais d’économies de toutes sortes (échelle, réseaux, spécialisation, envergure);
    • éliminer des intermédiaires ou augmenter leur contribution effective;
    • concentrer les dépenses là où cela compte le plus, c’est-à-dire dans les services de première ligne, l’innovation et la satisfaction des besoins des clientèles.
  1. Il permet enfin de développer une société plus dynamique et moins sectaire. En mettant de l’avant un système basé sur des compétences réelles, l’on permet à un plus grand nombre de gens de se rapprocher de l’action, de comprendre réalistement le fonctionnement, les enjeux, les changements requis dans notre société et nos organisations. On augmente ainsi le niveau de conscience et de participation. On stimule le goût de contribuer, d’innover et d’entreprendre en fonction de besoins et de projets réels. On réduit le décrochage scolaire en sabrant dans des routines d’apprentissage passives, abstraites, et disons-le franchement, des routines souvent insipides, lourdes et déconnectées de la réalité. En étant près de l’action, des problèmes à résoudre, des actions méritoires, des gains issus de réalisations concrètes, l’on peut ainsi bâtir un système d’émulation qui valorise et motive davantage. On peut aussi établir des relations plus solides et continues que celles impliquant uniquement les acteurs d’un lieu transitoire comme l’école (relation prof-étudiant, travaux d’équipes, socialisation juvénile, relation parent-étudiant). On crée une culture qui privilégie désormais le développement du talent réel, la contribution économique et sociale, l’innovation, l’entrepreneuriat et l’ingéniosité. On minimise ainsi les effets pervers du rat race pour les notes, la sélection selon des critères purement académiques, les longs parcours fastidieux de plus en plus sélectifs et exigeants faisant davantage de victimes en raison des conditions du marché.

Conclusion

Nombreux sont ceux dont le premier réflexe sera de considérer ce premier axe de repositionnement comme étant irréaliste par son ampleur, récupérateur et socialement risqué. C’est une réation d’autant plus facile à prévoir que le secteur est composé de gens et d’organisations habitués d’incarner la quintessence de l’objectivité et de la connaissance juste pour tous. Le milieu de l’éducation est aussi très phagocytaire, tolérant mal l’influence externe, surtout s’il est question de préparation au milieu du travail.

Cela dit, et pour ceux qui verrait ici une dérive vers l’utilitarisme, ce n’est pas ce dont il est question. Ce dont il est plutôt question c’est de briser le mur de verre qui sépare trop souvent le mur du monde académique et le monde réel. Surtout, que nous avons aujourd’hui les outils pour dépasser cette barrière et faire des apprenants des individus plus complets dans leur développement.

En ce sens, deux erreurs nous paraissent importantes à éviter. Premièrement, il nous faut réaliser que les faiblesses du monde académiques sont bien réelles, surtout dans le contexte des changements accélérés sur le plan économique et technologique que nous connaissons aujourd’hui. Des changements que le système actuel ne peut capturer tel qu’il est configurer et avec la maigreur des ressources à sa disposition.

Deuxièmement, ce serait une grossière erreur de ne pas avoir l’objectivité de reconnaitre les nouvelles plages d’opportunités qu’ouvre le front des nouvelles technologies et des possibilités d’aller capturer la compétence réelle, c’est-à-dire les connaissances à jour, le savoir-faire, l’expérience et les comportements gagnants là où elle s’exprime le plus clairement pour les apprenants, serait faire preuve d’un manque flagrant de vision et d’objectivité.

Ce serait aussi y perdre beaucoup pour les acteurs du milieu car non seulement on se priverait d’une complémentarité sans pareil, mais cela consisterait à ouvrir la porte toute grande à de nouveaux joueurs déterminés à profiter de telles plages d’opportunités pour prendre d’assaut le secteur et en faire leur marché à la plus grande satisfaction de bien des apprenants, de parents, contribuables et d’employeurs.

C’est d’ailleurs de ce repositionnement et de cette concurrence qui s’annonce, dont il sera question dans le prochain texte. Une concurrence qui profite d’ores et déjà de l’optimisation budgétaire du gouvernement et du statu quo des acteurs traditionnels du système. Comme quoi dans un secteur qui lui aussi pourrait se faire mondialiser et ubériser soudainement comme tant d’autres, le futur est déjà en train de se décider au présent.

(Suite)

6 réactions au sujet de « De l’intermédiation académique à la compétence réelle: Le premier axe d’une véritable réforme de l’éducation et de la formation »

  • 30 mai 2015 à 01:10
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    Merci pour cet article intéressant et prospectif
    Si l’argumentation témoigne d’un rejet du monde académique (qui a de nombreux défauts), il verse dans une analyse manichéenne. Mon point de vue est qu’il est aussi utile d’avoir des lieux où l’on pense que des lieux où l’on agit. L’intérêt est de les articuler non de les opposer. La « compétence réelle » à laquelle vous faite allusion est une construction intellectuelle difficile à établir. Il n’existe guère de compétence tout au plus des « jugements de compétence » porté par des acteurs en fonction des usages de recrutement d’évaluation, de reconnaissance, de promotion, ou de formation par exemple.
    Si le monde de l’éducation crée effectivement des clivages, de la déliaison sociale et des injustices criantes, le monde de l’action est aussi sujet à critique. IL s’y exerce aussi de la violence, de l’exclusion et d’autres injustices.
    La vision d’un monde en compétition et en guerre totale présentée est aussi caricaturale. Il existe des secteurs d’activité où cette pensée libérale pénètre moins. Ne serait pas là qu’il faudrait chercher des sources d’inspirations pour réformer et créer plus de justice sociale?

    • 30 mai 2015 à 22:44
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      Merci pour votre commentaire.

      Manichéenne cette analyse, j’en conviens. D’abord j’aurais pu prendre plus de temps à expliquer la compétence réelle comme étant celle mariant les deux lieux que vous décrivez, car dans mon esprit c’est bien de cela qu’il s’agit, et non l’imposition d’une pratique sur la réflexion. En ce sens, ma critique du monde académique peut sembler acerbe, mais en fait elle se veut réaliste. L’école est elle-même devenue à ce point autonome par ses processus qu’elle n’est plus le pont qu’elle devrait être. Ce dont vous auriez dû comprendre si j’avais été plus clair, c’est qu’il nous faut aujourd’hui chercher les moyens de rapprocher l’école du monde réel. Cela dit, je crains que d’autres n’ayant pas le même bagage le comprennent bien plus vite et bâtissent le pont que plusieurs des apprenants et employeurs souhaitent.

      Sur la question de la compétition et de la guerre totale….je vous laisse à vos interprétations sur ce que j’ai dit. Je dirai juste ceci. Qu’il s’agisse de la France ou du Québec, la création de richesse est beaucoup plus fragile qu’elle ne l’a jamais été et si cette compétitivité n’est pas soutenue alors il y aura des choix bien plus douloureux à faire que ceux actuellement envisagés. Gardons à l’esprit que les dépenses publiques ont été bâties à une époque ou les entreprises occidentales dominaient la planète. Ce n’est plus le cas et la perte de cette rente se fait sentir tout comme celle liée à une nouvelle domination économique venue d’ailleurs.

      Sur la question des secteurs d’activités pertinents ou non à l’applicabilité des compétences réelles, mon point est le suivant. Chaque secteur, peu importe lequel, y compris science po, la justice, les arts, la religion, la sociologie, a son domaine réel d’application. Ergo, voir et vivre ce que font les gens de chacun de ces secteurs peut devenir une source d’apprentissage ayant largement le mérite d’ajouter à la formation de base. Encore là, c’est le choix et le besoin qui dictera l’offre et non l’inverse et c’est ce rapprochement fortuit qui améliorera la qualité du parcours et la préparation future de l’apprenant.

  • 30 mai 2015 à 10:30
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    Article très intéressant mais difficilement réalisable en France où les diplômes, classes préparatoires et autres grandes écoles sont indispensables. On a oublié que l’instruction diffère de l’intelligence….Combien d’étudiants ont réussi brillamment des examens, des concours et sont incapables de faire face à des situations réelles …

    • 30 mai 2015 à 22:59
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      Merci. Je comprends et partage votre scepticisme dans la mesure où je ne crois pas que le changement viendra de l’interne. Il viendra des choix que feront les apprenants pour aller vers de nouvelles solutions qui leur conviennent mieux. Ce sont précisément en raison de la supériorité de ces alternatives que l’on verra le changement se faire dans le reste du système.

      Pour illustrer ma pensée, je vous donne un exemple simple que j’ai déjà donné dans un article précédent (http://www.lerecteurdestrade.ca/?p=189). Un article dans lequel je prédisais qu’on allait éventuellement assister à la naissance d’universités mondiales spécialisées, notamment en ingénierie. Des universités mondiales regroupant les meilleures ressources de la planète. Des universités allant tissés des liens ténues avec les grandes firmes du domaine, tant sur le plan de la recherche, du recrutement, de la formation continue des employés. Des entreprises allant ainsi rendre accessibles leurs grands chantiers pour des fins de formation. Des universités dont la supériorité éventuelle dicterait des partenariats locaux et en vertu desquelles les universités régionales autonomes s’effaceraient ou se fondraient dans une mission très locale.

      Alors, qu’adviendra t-il des limitations auxquelles vous faites références? Selon moi, elles vont sauter et les grandes écoles de la France et d’ailleurs vont où bien dicter le pas ou elles devront entrer dans la danse comme partenaires. À tout le moins, le changement va se faire d’une manière ou l’autre.

      Quant à votre dernier point, vous avez tellement raison de le souligner, car on brûle ainsi beaucoup de talents à ne pas mieux les préparer. Encore faut-il que l’enseignant puisse le faire. Or le système académique n’est pas bâti de la sorte. D’où mon propos afin de rétablir l’équilibre nécessaire.

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