Anticosti: Un projet à mettre en veilleuse

On fait grand cas ces derniers temps de la volte-face du gouvernement libéral quant aux travaux d’exploration en cours sur l’île d’Anticosti. Une volte-face c’est beaucoup dire dans la mesure où le projet fut initié sous les libéraux de Jean Charest avant d’être formalisé sous la forme d’une prise de participation du Québec sous le gouvernement péquiste de Mme Marois.

Depuis sa sortie à Paris en marge de la conférence sur l’environnement, on reproche à Monsieur Couillard d’avoir joué le jeu des environnementalistes et de ne pas prioriser suffisamment l’économie. Le PQ trouve sa sortie prématurée et refuse de se prononcer sur le fond. La CAQ se demande pourquoi on passerait à côté d’un potentiel aussi énorme qu’on chiffre potentiellement à 10 milliards de dollars.

Nombre de personnalités du monde des affaires reprochent à M. Couillard d’envoyer un mauvais message aux investisseurs en reniant les ententes prises par le gouvernement précédent. On a même entendu un financier de Toronto impliqué dans le projet dire franchement que c’était stupide d’agir ainsi.

Est-ce que toute cette question mérite l’attention qu’on lui donne? Est-ce que cette volée de bois vert est méritée? Le Québec fait-il fausse route à nouveau comme il l’avait fait lors des premières rondes d’exploration du pétrole et du gaz de schiste aux abords du St-Laurent?

Personnellement, je ne crois pas. Sans doute Monsieur Couillard s’est-il laissé un peu emporté par le ¨climat¨ parisien lorsqu’il a fait sa déclaration sur le projet.

Cela dit, un fait demeure et c’est là le point essentiel. À ce jour, les résultats ne montrent pas que la manne tant vantée se trouve sous cette vénérable île. Et même si ressources il y a, il est clair actuellement que ce projet ne montrent pas des chiffres et des conditions favorisant une exploitation économique.

À partir de là, ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre que le PM a fait ses calculs politiques, comme le font ses opposants et ses détracteurs. Et le constat est le suivant : rien ne l’incite à continuer à monter aux barricades pour défendre un tel projet. Le contraire est plutôt vrai.

Par ailleurs, il ne faut pas exagérer le message supposément négatif que notre PM envoie aux investisseurs. On peut comprendre que Pétrolia et ses financiers ruent dans les brancards. Dans l’environnement actuel, ce n’est rien de moins que leur survie qui est en jeu et ils ont tout intérêt à ce que le gouvernement honore ses engagements financiers pour continuer de les faire travailler même si c’est fort probablement à perte pour nous.

Mais dites-vous que si c’était le portefeuille de Shell ou un autre major qui était en jeu dans ce projet, ça ferait longtemps que la clé serait dans la porte et qu’on aurait indiqué être en attente de jours meilleurs. Et contrairement au chialage que nous entendons, nos parties prenantes auraient avalé la pilule faute de ne plus avoir d’interlocuteur devant eux, parti qu’il serait vers de bien meilleurs projets d’exploration ailleurs dans le monde.

Alors, n’exagérons rien par rapport au message que nous envoyons. Les gens du secteur pétrolier savent que le gouvernement joue avec un dossier chaud sur le plan environnemental. Ils savent aussi que l’économique d’un tel projet n’est pas là dans les conditions actuelles. Et même si le gouvernement mettait le cadenas dans le projet, sachez que le monde pétrolier en a vu d’autres et que tout vient à s’arranger quand les gisements sont confirmés. Cela dit, j’ai l’impression que le gouvernement va tenter de trouver un compromis afin de garder la chandelle discrètement allumée.

Entretemps, on devrait cesser de faire de ce projet un débat de principes ou un enjeu partisan alors que de tout temps ce sont les résultats qui dictent les comportements dans ce genre de dossier.

Et les résultats et le contexte étant ce qu’il sont,  il est clair que ce projet relève désormais de l’intérêts de certaines parties prenantes plus qu’il n’est le projet porteur pour tous que l’on croyait.

Alors, au lieu d’entretenir des fractures inutiles et d’en faire de nouvelles, peut-être devrions-nous nous concentrer sur le reste!