Reste ou pas, PKP devrait vendre Québecor

Comme bien des gens, je trouve qu’il y a un problème éthique à ce que l’actionnaire de contrôle d’un empire médiatique puisse se hisser à la tête d’une formation politique et devenir éventuellement un chef du gouvernement. Et cela, même en vertu d’une fiducie sans droit de regard.

Je serais sans doute moins tranchant sur la question si PKP avait été à ce jour plus convaincant dans sa démarche. S’il avait été un rassembleur capable de transcender nos vieux clivages et d’apporter quelque chose de neuf et mobilisateur. Au lieu de cela, j’avale de travers chaque fois que je vois son caractère intempestif prendre le dessus sur ce qu’il a de meilleur à offrir.

De toute évidence, l’homme est un fonceur capable de brasser les choses, mais il reste pour l’instant un loup plutôt fielleux dont la meute ne sait se montrer suffisamment gaillarde pour le ramener à l’ordre et lui donner sa pleine mesure.

Personnellement, je ne me formalise pas du fait qu’il reste lui-même et que les faiseurs d’image ne parviennent pas à faire de lui l’archétype du bon politicien-sauveur si cher à notre esprit de clocher.

Je n’ai rien contre non plus qu’il ait levé le poing en l’air, saoulé qu’il était par une audience de souverains convaincus ne demandant pas mieux que tressaillir enfin devant un homme d’affaires et de l’économie portant enfin le flambeau de l’indépendance et de l’économie. Une denrée rare, depuis Monsieur Parizeau.

Reste qu’il fallait avoir la substance pour le faire. Or, substance il n’y a pas. Le PQ n’a plus de stratégie économique digne de ce nom et Dieu sait que cela en prend une avec un tel projet. Et je ne sais pas pour vous, mais de voir PKP sortir maladroitement son chéquier pour payer des études dites sérieuses sur les vertus de l’indépendance, ne me rassure guère sur le message à envoyer à 18 mois des élections et d’un processus référendaire.

J’ai aussi beaucoup de misère à accepter les circonstances ayant conduit PKP à devenir chef de ce parti qui pourrait faire de lui le prochain Premier ministre. Certes, on conçoit que le passage à vide du parti puisse avoir fait de lui une sorte de sauveur. J’avoue même y avoir cru, avec la nuance suivante.  ‘Enfin’, je me disais, en voilà un qui va brasser la soupe et décoller le fond.’ Mais comme d’autres, j’aurais été plus à l’aise, et sans doute qu’on en serait pas là aujourd’hui, s’il avait fait preuve d’humilité et de patience en faisant d’abord ses classes et en démontrant son potentiel au lieu de forcer le jeu comme il l’a fait, et pas toujours de manière correcte pour ses adversaires.

Va-t-il réussir? Mais surtout, va-t-il trouver l’équipe qui lui convient pour renverser la vapeur et lui permettre de donner le meilleur de lui? Je ne sais pas, mais là n’est pas le seul problème avec l’entrée de PKP en politique.

Vendre ou ne pas vendre, telle est la question

Mon problème avec le fait que PKP poursuive une carrière politique ou qu’il arrête faute de ne pouvoir incarner le leader politique que certains voient en lui, c’est qu’il reste l’actionnaire de contrôle de Québecor.

Pour moi, cette question n’est pas uniquement politique ou éthique. Elle est avant tout stratégique, pour autant qu’elle concerne directement les intérêts vitaux du Québec. Je fais ici référence à la place qu’occupe désormais Québecor dans notre économie.

La question qui me tracasse est la suivante. Est-il normal que l’actionnaire de contrôle d’une entreprise si importante pour l’avenir du Québec soit en train de faire autre chose que planifier, exécuter et gouverner l’entreprise que la Caisse et le gouvernement lui ont littéralement offert sur un méchant plateau d’argent? Tout cela, au moment où Québecor se destinait à ne plus être l’ombre de l’empire qu’il avait été jadis.

Vous me direz que le mariage était le seul possible, c’est possiblement vraie. Vous me direz aussi que Vidéotron peut être gérée par des professionnels comme Rogers l’est depuis des années, ou encore que son propriétaire est dans son droit de faire ce qu’il veut. Peut-être, mais est-ce que la conversion politique faisant de PKP un propriétaire-rentier sert bien les intérêts de l’entreprise et par extension le Québec? Personnellement, son choix de se retirer de la gestion de l’entreprise me laisse perplexe. Surtout lorsqu’on prend en considération le tournant auquel Vidéotron est aujourd’hui confronté.

La fin du règne de marché de Vidéotron

Ted Rogers, le fondateur de l’entreprise du même nom, a déjà dit :  »l’histoire du management n’a pas vu de gestionnaires assez incompétents pour mettre une compagnie de câble en faillite. » Il faut rappeler qu’au moment où ces paroles furent prononcées, le câble offrait la meilleure image, la plus vaste sélection de canaux. Il faut aussi se rappeler qu’une vaste partie de la population de tous âges regardait plus de 30 heures de télé par semaine.

Vint cependant au tournant des années 90 la télé par satellite qui donna quelques sueurs froides à Vidéotron. Toutefois, avec l’arrivée de la télé numérique HD sur câble et surtout l’internet haute vitesse — largement supérieure sur le câble —, que Vidéotron a pu réaffirmer son leadership sur ses créneaux de base, mais surtout profiter d’un avantage énorme sur le marché le plus explosif qui soit, celui de l’internet. À cela s’ajouta devait ensuite s’ajouter la téléphonie résidentielle qui allait mettre clairement  Vidéotron en position de force contre Bell.

Sans rien vouloir enlever à PKP et ses gestionnaires, on aura en fait compris qu’un tel bouquet de services ne pouvait qu’être gagnant par la suite. D’ailleurs, que Vidéotron ait pu réussir par la suite à greffer à ce triple jeu (TV, internet, téléphonie) un réseau bâti de manière autonome prouve à quel point le modèle d’affaire de l’entreprise et sa technologie était largement avantageuse à l’époque.

Mais, les choses ont changé depuis et cela devient de plus en plus évident. Aujourd’hui, à mesure que la fibre optique de Bell se rapproche de la maison, l’avantage de Vidéotron fond au soleil.

Le fait que Bell puisse désormais passer son offre télévisuelle par son fil et produire une image supérieure à celle de la télé numérique de Vidéotron représente une avancée concurrentielle majeure. De plus, que l’offre internet haute vitesse de Bell passant par le même fil se rapproche de la performance requise (25/50mbits) par la très grande majorité des utilisateurs a aussi de quoi fortement déranger le camp des jaunes.

Cela fait en sorte que l’enjeu se déplace de plus en plus vers la capacité d’investir dans le réseau et le déploiement d’appareils de prochaine génération. Or, dans les deux cas, ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre que David bat rarement Goliath, à moins de se dédier à 100% et en démontrant un immense talent pour le reste. Autrement, le mal est le suivant. Quand nous arrivons à une situation où l’offre de produits est égale, l’avantage passe généralement dans le camp du joueur ayant le plus gros marché et la plus grande capacité d’investissement. Pris à l’échelle canadienne, ce n’est pas le cas de Vidéotron. Je veux bien croire que Québecor à la CDPQ dans son camp, mais qui a le Wall Street canadien et le véritable cashflow dans son camp?

All hands on deck!

J’imagine que rationalisation et diversification sont des mots de plus en plus courants chez Vidéotron et Québecor ces temps-ci. J’imagine aussi que pour les purs et durs dans les opérations, l’effort entourant la venue d’une équipe de hockey et la carrière politique du propriétaire ne suscitent guère l’enthousiasme alors qu’il y a tant à faire pour innover et développer de nouveaux marchés.

Certes un aréna à une valeur publicitaire qui peut aider à vendre des abonnements, créer de l’achalandage et aider à fabriquer du contenu. Cela dit, dans ce secteur, comme dans d’autres, la meilleure façon de vendre, reste d’être capable d’offrir les meilleurs produits aux meilleurs prix. Or, que PKP se retire de la gestion de l’entreprise, qu’il la confie à des fiduciaires sous prétexte que la politique prime et que celle-ci pourrait redevenir son après-carrière ou parce qu’il veut la garder à titre de legs familial, cela me paraît non seulement contraire aux intérêts du Québec mais à l’intention ayant conduit à la transaction de Vidéotron. Qu’on se le dise, cette transaction n’a pas été faite comme un simple investissement de la part d’un simple investisseur! Elle a été faite pas juste pour conserver un siège social et éviter une prise ontarienne. Elle a été faite pour que Québecor assume son rôle dans la transformation numérique de notre économie.

Maintenant que la situation concurrentielle de l’entreprise se corse, tout comme celle de notre économie en général, ça prend plus que jamais un propriétaire ayant à la fois le désir et les moyens d’amener l’entreprise au prochain niveau, et ce dans l’intérêt du Québec.

Je ne sais pas pour vous, mais si PKP n’a pas la fougue entrepreneuriale pour réaliser le premier grand mandat que le Québec lui a confié, j’ai pour mon dire que le leadership et le nationalisme qu’il propose ne sont probablement pas ceux dont nous avons besoin.