Nathalie Normandeau: Figure emblématique ou bouc émissaire de la corruption au Québec?

nat normandeau

À lire et entendre tous ceux qui s’animent sur le dossier de la corruption au Québec, j’en viens à me poser une question qui semble échapper à plusieurs. Pourquoi stigmatisons-nous autant l’ancienne vice-première ministre du Québec Nathalie Normandeau avant même que son procès s’ammorce et que la preuve ne soit véritablement étayée?

Cette dernière n’a pas inventé la corruption au Québec, loin de là. Elle n’est pas à la tête d’une entreprise ayant siphonné des dizaines de millions des coffres de l’État en contrats arrangés. Ce n’est pas elle qui a développé le concept des élections clés en main de concert avec les firmes d’ingénierie, de construction et d’informatique. Ce n’est pas elle qui a concocté l’idée que des argentiers de parti puissent échanger des promesses de contrats publics pour des dons et de l’aide de toutes sortes à des fins de réélection.

Tout cela date en fait de Mathusalème et c’est ainsi partout dans le monde. J’ajouterais que dans bien des cas ailleurs qu’au Québec, l’argent ne va pas juste dans les poches du parti ni dans celles de politiciens profitant simplement de douzaines de roses et de sorties mondaines en compagnie du gratin artistique et de celui du monde des affaires.

Je ne suis pas en train de dire qu’il nous faille tolérer de tels écarts, ou que madame Normandeau n’a pas commis d’autres gestes plus répréhensibles, ou encore qu’elle devrait être exemptée de toutes poursuites sous prétexte qu’elle ne faisait que suivre les ordres dans le cadre d’un système connu de tous à l’interne.

Non, je dis simplement qu’en attendant que la preuve soit clairement étayée et qu’elle soit ou non déclarée coupable, je trouve que l’on n’a pas à sortir des nues comme si elle avait été la seule ministre de l’histoire du Québec à avoir influencé de près ou de loin l’octroi de contrats ou de subventions ou encore d’avoir obtenu des argents des entreprises à des fins de réélection de son parti. Si c’était pour s’en mettre dans les poches, là on sera plus incisif.

Entre temps, ne soyons pas naifs. Si tout se savait en politique québécoise, plusieurs de nos anciens ministres se retourneraient dans leurs tombes et bien des épitaphes seraient réécrites.

Certains actuellement en poste n’auraient de choix que de démissionner sur-le-champ ou du moins de partir en Floride pour revenir sur la banquette arrière. Alors que d’autres, oeuvrant aujourd’hui ailleurs que dans l’arène politique, mettraient sans doute certains employeurs dans l’embarras. Que dire aussi des nombreuses pensions à vie de députés que l’on pourrait cesser de verser.

Est-ce une raison de se montrer magnanime envers Nathalie Normandeau, le cas échéant. Bien sur que non. Toutefois, soyons réalistes un peu et surtout ne soyons pas dupes. S’est rendu que l’on n’entend plus parler d’elle ces temps-ci que de la mafia, des entrepreneurs véreux et des fonctionnaires qui ont conspirés pour siphonner et mettre dans leurs poches rien de moins que des milliards de notre économie depuis les Jeux olympiques de 1976!

Alors pourquoi elle plus qu’un autre devrait faire les frais d’une telle campagne d’une unité anti-corruption qui impressionne guère à date. Surtout qu’elle n’est clairement pas la seule à avoir agit dans pareil système? Et pourquoi monsieur et madame tout le monde semble avoir fait de cette femme la cible de prédilection de son écoeurantite quant à la morosité économique, sociale et politique qui prévaut chez nous ainsi que son dégoût pour cette nouvelle page de la saga de la corruption au Québec?

Je ne suis pas certain de la réponse, mais je pense qu’il convient de se demander s’il ne s’agit pas des réflexes fâcheux de jalousie et de misogynerie populaire profitant à ceux qui voient ainsi l’occasion de braquer les projecteurs sur cette ancienne hégérie de la politique québécoise. Une femme belle, indépendante, opiniâtre et qui, ces derniers temps, en dérangeait plus d’un par ses propos à la radio.

C’est d’autant plus difficile à comprendre que l’on ne parle pas de quelqu’un ayant eu des fréquentations mafieuses à ce que l’on sache, où de quelqu’un pris à profiter d’un système de crimes organisés comparable à ceux des entreprises concernées et à la mafia. On ne parle pas ici, du moins c’est ma compréhension d’un apparatchik corrompus, d’un inspectrice et d’une voleuse ayant mis des sommes importantes dans ses poches.

Bref, c’est à se demander si nous ne nous sommes pas en train de laisser berner par cette frénésie de lapider cette ancienne vedette de la politique alors qu’en fait il s’agit d’une distraction permettant de distraire la population et d’occulter du coup les vrais responsables ainsi que l’ampleur et la nature encore plus systémique qu’on ne croit de ce siphonnage historique de fonds publics au Québec.

Alors, peut-être devrions nous être moins naifs et vindicatifs en cessant de croire que lapider ainsi cette femme puisse faire une quelconque différence quant à la lutte à mener envers la véritable gangrène du système.

Retenons que le risque en pareilles circonstances n’est pas qu’elle ne soit pas jugée pour ses crimes, si crime il y a eut, mais que pour plusieurs d’entre nous cela devienne une fin en soi.

En attendant la conclusion de ce procès, je ne suis pas, comme bien d’autres, chaud à l’idée de redonner un micro à madame Normandeau, et ce malgré les balises qui seront sans doute mises en place. Cependant, et advenant que cela soit le cas, car tout peut arriver d’ici là, je ne cache pas souhaiter que le sort que ses anciens collègues lui ont réservé ces derniers temps puisse motiver cette battante à se montrer encore plus incisive durant son procès et après par rapport au système ainsi qu’envers ces anciens collègues ou complices selon le cas.

Et si tel devait être le cas, c’est-à-dire qu’elle ait à la fois le courage de le faire, alors elle serait la première a en sortir gagnante et Leclerc Communications paraîtrait sans doute mieux que d’avoir simplement voulu renflouer ses cotes d’écoute. Le Québec aura-t-il sa Jeanne d’Arc de la politique? C’est à suivre.